l'Institut Vanier de la famille
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Traits de familles

Présentation en séance plénière à l'occasion du symposium
« Fear and Loathing »

(Séance plénière P7 - « Influences sociétales »)

Permettez-moi de débuter avec une citation :

« Il incombe au parent - c'est sa responsabilité - de s'assurer que ses enfants sachent ce qu'ils regardent à la télé. »

On donne souvent ce conseil aux parents. Il est offert par différents apologistes au nom de divers intérêts financiers qui exploitent nos enfants avec de la publicité destructrice, pour ensuite faire acquitter les coûts sociaux et psychologiques de leurs stratagèmes profitables en blâmant de tierces personnes - habituellement les parents - quand les enfants et les jeunes développent des problèmes de comportement. J'ai entendu de la bouche des producteurs de musique de 'Gangsta Rap' une insinuation voulant que les parents aient le devoir et l'obligation de guider leurs enfants. Cette idée a été utilisée comme prétexte par une entreprise britannique qui conçoit, produit et fait maintenant la promotion de lingerie fine sensuelle pour les fillettes de neuf ans. Cette notion est articulée par ceux qui aimeraient nous faire croire que Britney Spears ne doit son succès qu'à son talent musical. Et, dans une déclaration encore plus intéressée, ceux qui attirent nos enfants vers les sites pornographiques ou les jeux de hasard en ligne voudraient nous faire croire qu'il revient aux parents de mieux instruire, surveiller, contrôler et, si nécessaire, punir leurs enfants s'ils visitent les mauvais sites dans le cyberespace.

Maintenant, il semble que ce conseil aux parents nous vient de D. von Dudley et on peut le trouver sur le site Web de World Wrestling Entertainment (anciennement connu sous le nom de WWF jusqu'à ce que, ce mois en fait, le panda de la Fédération mondiale de la faune ait plaqué au sol Vince McMahon, Hulk Hogan, le Undertaker et tous leurs compères dans le cadre d'une poursuite commerciale pour violation du droit d'auteur - merci pour les petites victoires et les pandas). Si vous visitez le site général de WWE, vous trouverez beaucoup d'autres petits conseils utiles ainsi que des produits et services. Vous pouvez y acheter pour vos enfants des t-shirts affichant des slogans comme « Au diable les règlements » ou « Tu écoeures ». Vous pouvez acheter ce qu'ils appellent des affiches grand format des poitrines extra-fortes des 'divas' du monde de la lutte. En outre, ce qui selon moi est tout à fait remarquable, on trouve des conseils pratiques sur le rôle parental dans la section parents-à-parents du site Web. Donna du Tennessee réchauffe nos coeurs quand elle écrit :

« ...les emplois, l'école, les bébés et le train-train quotidien font qu'il est rare qu'on sorte tous ensemble parce que nous ne sommes pas souvent tous à la maison en même temps. Donc chez moi, le soir de la lutte, nous avons tout juste quelques heures pour être - ce que j'adore comme maman - une famille. »

Oui, je l'admets, il est peut-être trop facile, commode et tentant de critiquer et de blâmer le World Wrestling Entertainment. Mais n'oublions pas qu'il n'est pas le seul. Comme Pogo a déjà déclaré : « Nous sommes notre propre ennemi. » Rappelez-vous que le ministre du Tourisme de l'époque et l'ancien Premier ministre de l'Ontario, Mike Harris, ont invité Wrestlemania XVIII à Toronto il y a quelques mois à peine. La lettre envoyée aux grandes vedettes de la lutte disait en substance ceci : « Il s'agit d'une occasion extraordinaire pour donner à la WWF la tribune de classe internationale qu'elle mérite pour recevoir le plus grand événement de sport et de divertissement dans l'histoire canadienne. Nous faisons équipe avec la ville de Toronto et nous souhaitons vous avoir dans notre coin pour organiser cet événement. » (Ceux qui suivent attentivement ce « sport » savent que nos autorités ont réussi et qu'en fait Hulk Hogan a été vaincu par The Rock le 17 mars.) Bien entendu, l'invitation a été lancée pour faire connaître Toronto, encourager l'investissement, donner de l'emploi et collecter de l'argent afin de payer pour des services gouvernementaux urgemment requis, sans augmenter nos impôts - des objectifs tout à fait compréhensibles, voire louables, pour un gouvernement.

J'ai vraiment voulu citer le lutteur qui dit que les parents ont le devoir et l'obligation de mieux gérer la croissance et le développement de leurs enfants parce que ce sentiment avait peut-être du mérite il y a 50 ans quand la société en général tentait de légitimer l'autorité parentale et de renforcer un ensemble de messages culturels cohérents - les mêmes que les parents entendaient véhiculer. Jusqu'à tout récemment, les parents étaient largement appuyés dans leurs efforts pour inculquer à leurs enfants certaines vertus civiques « traditionnelles » que sont le sens du devoir, l'honneur, l'honnêteté, la contribution, la sobriété, la dignité, la conscience et le sacrifice. Aujourd'hui cependant, ces mots renchéris par les voisins, les enseignants, les groupes communautaires, les religions, les employeurs et les responsables politiques semblent tous un peu trop vieillots. Surtout que si peu d'entre nous adultes avons choisi de vivre notre vie selon ces valeurs. Demandez-vous combien de nos histoires à succès (autre que Mère Theresa) dans les affaires, les sports, les spectacles et la politique sont dues au sens du devoir envers les autres, à l'honnêteté, aux contributions, à la sobriété, à la dignité et au sacrifice.

Mon argument est qu'il n'est ni juste ni réaliste de blâmer les parents de s'être dérobés de leurs responsabilités alors que la plupart des intérêts commerciaux qui alimentent la culture populaire, les communications de masse, l'industrie du vêtement sont décidés à miner systématiquement le bon travail d'éducation des parents envers leurs enfants. Ceux qui produisent et vendent des jeux vidéo violents ne sont pas en affaires pour le développement des enfants, mais pour faire des profits. Et, de trop de façons, la culture des pairs va à l'encontre des objectifs des parents. Je suis d'accord avec Jim Garbarino quand il dit que les parents tentent d'élever les enfants dans un « environnement socialement toxique ». Il est aussi naïf de simplement accuser les parents quand nous savons que la « qualité de la surveillance accordée par les parents dépend de ce que l'enfant/l'adolescent leur révèle. En d'autres termes, ce n'est pas tellement ce que font les parents, mais ce dont leurs enfants leur parlent qui définit les pratiques parentales ». (Garbarino citant de la recherche menée par Mary Margaret Kerr et Hakan Stattin, p. 106.)

Je suis d'accord avec Dan Olweus et Roy Baumeister qui affirment que les personnes qui font de l'intimidation et celles qui les y encouragent ne manquent pas d'estime de soi (comme c'était pratique pour beaucoup d'entre nous de croire). Au lieu de cela, nous savons que ce sont « les personnes ayant une grande estime de soi qui menacent davantage les gens qui les entourent plutôt que ceux ayant une faible estime de soi », parce que ces derniers (souvent victimes d'intimidation) se replient sur eux-mêmes, tandis que les personnes avec une estime de soi élevée portent préjudice à d'autres. Ils nous disent que ce sont les personnes ayant une estime de soi élevée qui, quand on les conteste ou les rejette, recourent à la violence.

Cette conclusion nous fait demander par qui ces enfants et ces jeunes gens à l'estime de soi élevée craignent d'être rejetés : Les parents? Les pairs? Les enseignants? Ou les systèmes scolaires décidés à appliquer la tolérance zéro? Les pratiques disciplinaires qui tentent de « briser le courage » de ces enfants? (et si nous y réfléchissons un instant, briser le courage est tout simplement une autre forme de rejet.) Ils craignent peut-être d'être rejetés par une économie de plus en plus concurrentielle qui distribue les bons et les mauvais emplois de façon à ce que seulement « les plus forts » survivent? N'est-ce pas aussi l'un des messages que nous transmettons à nos enfants quand nous récompensons - à l'excès - les joueurs de base-ball et de hockey, les vedettes de cinéma, quelques génies de l'informatique et les spécialistes de la mainmise?

Très peu de ces vedettes culturelles que nous pouvons peut-être envier, mais pas admirer, sont connues pour placer les intérêts des autres au-dessus des leurs. L'empathie et la compassion font rarement partie de leur description de travail.

En fait, nous en connaissons pas mal sur ce dont les enfants et les jeunes gens ont besoin pour devenir des citoyens responsables. Ils ont besoin d'êtres chers comme George Herbert Mead les appelait. Ce sont les parents, d'autres membres de la famille, les voisins, les enseignants, les commerçants de la collectivité, les entraîneurs et les groupes jeunesse qui sont à la fois chaleureux et exigeants. Nous devons fournir des occasions et des attentes parce sans possibilité d'assumer des responsabilités, il ne peut y avoir de racines pour le respect de soi. Selon moi, le respect de soi se mérite et est différent de l'estime de soi. Au risque de sembler banal, je dirais que le respect de soi commence avec les marques de civilité les plus simples : « S'il-vous-plaît » et « Merci », ce qui suppose que nous sommes toujours redevables aux autres dans une mosaïque de réciprocité. Comme le disait John Dewey, nous devons reconnaître le monde au-delà de nous et admettre que nos réalisations, si grandes soient-elles, ne sont pas que de nous. En fait, il s'agit d'une attitude très différente de la condescendance avec laquelle nous, autant les jeunes que les aînés, parlons le plus souvent aux autres. Le respect de soi est davantage le résultat de ce que nous faisons avec et pour les autres que la façon dont nous en venons à nous considérer.

Les enfants font plus que grandir physiquement. Ils grandissent aussi dans les institutions et les traditions qui nourrissent leurs capacités et limitent leurs craintes ou qui refoulent ces capacités et engendrent l'anxiété, la peur, et un sentiment « fragile » de soi et d'estime de soi.

Personnellement, je ne crois pas qu'il suffise de mettre uniquement l'accent sur l'intimidation et ses auteurs. Les enfants qui intimident et ceux qui les regardent faire nous démontrent qu'il y a quelque chose de plus fondamental dans l'air et que quelque chose de plus insidieux se prépare. Ils nous disent simplement que nous n'avons pas accordé assez d'attention au comportement des enfants et, en réalité, à celui que nous, comme adultes, émulons pour eux. Nous en sommes venus à tolérer les jurons des enfants à l'école, et ceux des adultes dans les rues et nos milieux de travail. Nous acceptons ou tolérons les mauvaises manières et l'insensibilité aux conditions et aux besoins des autres. Nous exprimons notre impatience avec des accès de rages de toutes sortes : au volant, dans les files d'attente à la banque, sur le trottoir, en avion, au travail, et ma préférée, la rage contre son pupitre. Plus troublant encore, nous acceptons encore sans Commentaires des remarques qui humilient les personnes d'autres races ou d'une autre orientation sexuelle, ou nous en lançons.

Que veut nous faire croire l'auteur d'actes d'intimidation - qu'elle ou lui est plus puissant, plus fort, plus populaire ou meilleur que les autres. Que veut nous faire croire la publicité - que ceux qui ont ce que nous n'avons pas sont plus puissants, plus forts, plus populaires ou meilleurs que nous. Achetez ceci! Faites cela! En fait, nous sommes immergés dans une culture qui nous contraint à croire que notre valeur personnelle ne se mesure que par rapport aux autres.

Le véritable enjeu n'est pas de chercher à savoir comment obliger les gens à se comporter comme nous l'aimerions. Le vrai défi de toute culture, et en fait la véritable responsabilité de tout parent, est d'orienter les enfants à vouloir faire ce que nous souhaiterions qu'ils fassent. Comment y parvenir?

  • Agir et se comporter de façon à démontrer du respect et de la compassion envers les autres;
  • Définir les attentes;
  • Faire en sorte que nos enfants et nos jeunes sachent qu'il existe un avenir pour lequel il vaut la peine de retarder la satisfaction immédiate et d'investir : ne pas décrocher, faire ses devoirs, contribuer à sa communauté, éviter les comportements de l'adolescence qui les placent, ainsi que les autres, à risque. Nous savons que l'absence d'une orientation positive vis-à-vis de l'avenir peut se traduire par la dépression, la rage et le non-respect de la vie humaine - la leur et celle des autres;
  • Comme communauté, investir de façon tangible dans les enfants et les jeunes en plus de leur offrir des possibilités et de leur permettre d'assumer des responsabilités;
  • Créer des communautés qui appuient plutôt que minent le rôle parental;
  • Faire comprendre aux enfants et aux jeunes que nous ferons tout ce qu'il faut pour qu'ils se sentent en sécurité. Comme le déclare Jim Garbarino : presque tout est mieux que d'avoir peur, et si cela veut dire joindre les rangs d'un gang ou faire semblant d'être un dur, se ranger du côté de l'auteur d'actes d'intimidation, alors qu'il en soit ainsi.

En bout de ligne, je suis devenu de plus en plus impatient avec ceux qui défendent leurs actions, leurs produits et leurs services en nous disant qu'il n'existe aucune preuve scientifique valide et fiable démontrant que ce qu'ils font nuit à nos enfants. Cela ne me suffit plus. Il ne suffit plus de demander quel tort nous causons. Il ne suffit plus - si jamais ce fut le cas - de se demander si oui ou non la violence à la télévision ou l'exploitation sexuelle de nos enfants et du côté sensuel de nos jeunes leur fait mal. Au lieu de cela, il faut se demander si oui ou non nos décisions et nos actions forgent le caractère. Si nous, comme culture, ne nous affairons pas à forger le caractère, à quoi nous occupons-nous? S'agit-il simplement de faire un profit en satisfaisant tous les appétits qui peuvent être aiguisés et satisfaits temporairement? Et, est-ce une bonne raison pour risquer l'avenir, le caractère, la civilité de nos enfants, et à long terme, la civilité de notre société et de notre culture?

Réfléchissons bien. Si nous ne reconnaissons pas que beaucoup des choses que nous en sommes venus à tenir pour acquis et à accepter (parce que cela satisfait nos désirs et nos choix) sont nuisibles pour nos enfants, leur caractère et leurs perspectives, alors nous sommes peu différents de ces jeunes dans les cours d'école qui sont témoins de violence, l'acceptent ou font mine de rien pendant que l'adepte de l'intimidation sème « la peur et l'horreur » dans le coeur et l'âme d'une victime.