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Traits de familles

LE MAGAZINE TRANSITION
ÉTÉ 1999
VOL. 29 NO. 2

Les familles face au dollar tout-puissant

ÉTÉ 1999

Les familles face au dollar tout-puissant

« Partout au pays, au moment où les familles se rassemblent autour de la table de cuisine, l'important travail de gestion de la vie quotidienne de la famille se déroule sous de nombreux silences : L'hypothèque a-t-elle été payée?... Où avons-nous les moyens d'aller pour nos vacances d'été?... L'auto tiendra-t-elle une autre année?... Combien avons-nous en banque?... Pouvons-nous contribuer à un REÉR?... Les enfants ont besoin de nouvelles chaussures... Le fonctionnement du ménage nécessite une planification, des prévisions budgétaires, une comptabilité, des épargnes et des dépenses continues. »

- Clarence Lochhead, De la table de cuisine à la table du conseil : La famille canadienne et le milieu du travail

Le tout-puissant dollar constitue sans doute une préoccupation majeure pour les familles. À vrai dire, nous ne nous sentons pas entièrement qualifiés quand il s'agit de gérer nos finances. Il est difficile de comprendre pourquoi nous ne semblons pas en mesure de prendre le dessus et nous trouvons encore plus difficile de régler le problème. Mais pourquoi donc, à la table de cuisine, les conversations à propos de l'argent finissent-elles toujours par dégénérer?

Ce numéro de Transition nous permet de mieux connaître l'argent : pourquoi semble-t-il si difficile de joindre les deux bouts? Comment les tendances sociales et économiques changeantes des dernières années de ce vingtième siècle touchent-elles les familles contemporaines? et, Comment les discussions sur l'argent peuvent-elles renforcer l'unité familiale au lieu du contraire?

Pour nous aider à comprendre la situation financière des familles canadiennes, Roger Sauvé analyse dans son article « Tendances relatives à la situation financière des familles canadiennes » la précarité de leur situation actuelle et nous montre combien les choses ont évolué au fil des récentes décennies. En résumant l'essentiel de la recherche canadienne sur les revenus, les dépenses, l'épargne et l'endettement des familles canadiennes, M. Sauvé décode les statistiques pour présenter la situation globale des familles du pays.

Dans « Et si nous parlions d'argent », Ruth E. Berry nous amène au-delà des chiffres pour explorer les sentiments et les valeurs qu'ils cachent. L'article de Mme Berry mérite d'être lu, en particulier par les hommes et les femmes qui pourraient être en train de miner leurs relations conjugales faute de bien connaître ce que l'argent signifie pour eux comme individu et comme couple.

ET SI NOUS
PARLIONS D'ARGENT!
Explorer les valeurs et les émotions que cachent les chiffres

Pour la plupart d'entre nous, notre relation avec l'argent est aussi intéressante, confuse et contradictoire que nombre de nos autres relations. Nous sommes embarrassés d'avoir trop peu d'argent et encore plus embarrassés d'en avoir trop. Nous nous sentons bien lorsque nous donnons de l'argent et encore mieux lorsque nous obtenons quelque chose pour rien. Et, bien que nous tenions à la confidentialité de notre revenu et d'autres affaires que nous considérons du domaine privé, nous prenons un malin plaisir à vouloir connaître le revenu des autres.

En plus de passer notre journée de travail à gagner de l'argent, beaucoup de nos activités de loisirs tournent aussi autour de l'argent. Nous n'en finissons plus de magasiner, de nous plaindre du coût de la vie, de rêver d'avoir suffisamment d'argent pour prendre notre retraite, de nous inquiéter de notre sécurité financière, d'acheter des billets de loterie, d'implorer le ciel pour gagner au casino ou de collecter de faux billets au Monopoly. Ceux qui gagnent beaucoup d'argent font les manchettes, la profession de planificateur financier accueille de plus en plus de membres, et nos journaux locaux et nationaux ont augmenté leurs rubriques économiques et financières pour répondre à la demande du lectorat.

Pour une large part, notre fascination pour l'argent provient du fait que nous ne pouvons pas nous en passer et sommes constamment attirés par le nombre croissant de choses merveilleuses qu'il permet de réaliser. Que ce soit les vacances romantiques et les croisières, les voitures flambant neuves et les nouveaux ordinateurs - on peut tout avoir avec de l'argent. En outre, la facilité d'accès au crédit, nous permet de satisfaire nos désirs immédiatement sans attendre d'épargner assez d'argent. Chose certaine, les décisions économiques majeures ne sont pas sans conséquences pour l'avenir financier de notre famille et parfois pour nos relations familiales.

Argent et relations conjugales

Bien souvent, nous entendons dire que nous sommes ce que nous mangeons, mais pour être plus précis, nous sommes ce que nous dépensons - et la façon dont nous dépensons est à notre image. Les habitudes de consommation et les choix des individus et des familles en disent long sur leurs priorités et leurs valeurs. La documentation nous révèle depuis des années que mariage et argent sont intimement liés et que la principale cause de l'échec du mariage sont les désaccords concernant l'argent. Cette affirmation semble encore vraie, mais il est difficile de distinguer la cause de l'effet. Les problèmes d'argent entraînent-ils des problèmes conjugaux? Ou, les époux ayant des problèmes conjugaux mettent-ils l'accent sur les difficultés concrètes liées à l'argent pour éviter d'aborder des points de désaccord plus importants et moins tangibles?

Les faits démontrent effectivement que la satisfaction conjugale croît en fonction du revenu et que ce dernier joue un rôle majeur dans la qualité de la vie. Cependant, d'autres études ont conclu que la taille du revenu n'est pas le facteur le plus déterminant. Le niveau de satisfaction du couple à l'égard de son revenu ainsi que son optimisme ou non face à l'avenir sont de meilleurs indicateurs du bonheur conjugal.

Beaucoup de familles éprouvent de la difficulté à gérer leurs finances parce qu'elles ont tendance à mettre l'accent sur les chiffres plutôt que sur les personnes. En conséquence, les efforts visant à gérer les finances familiales sont perçus comme un moyen d'accumuler des biens plutôt qu'un moyen d'expérimenter des sentiments et de renforcer les liens. Nos finances sont intimement liées à nos sentiments et à nos relations. Si nous ne réussissons pas à comprendre ces connexions et à en discuter, il ne faut pas s'étonner de constater que l'argent devienne un sujet explosif! Dans une discussion concernant les finances, nous pourrions parler du revenu de chaque partenaire et de comment organiser les dépenses. Cependant, si nous nous concentrons uniquement sur les chiffres, le budget convenu a peu de chance de se traduire en plan de gestion financière mutuellement satisfaisant, même si tout semble bien sur papier.

Pour atteindre cet objectif et pour prendre de bonnes décisions financières, nous devons tenir compte de nos sentiments et de ceux de notre conjoint - les sous-entendus expressifs à la question de savoir ce que l'argent et les biens signifient pour chacun de nous. Le fait de comprendre l'autre personne et de nous rappeler l'importance qu'elle a pour nous peut nous permettre de trouver le juste milieu dans l'évaluation de nos besoins, de ceux de notre conjoint et des considérations financières pratiques.

Le pouvoir et la sécurité forment des aspects émotionnels importants de l'argent. Une femme (ou un homme) qui ne peut pas s'occuper de façon autonome des questions financières, par le biais de son emploi ou d'autres moyens, ressent une perte de pouvoir et de sécurité lorsque sa relation avec un partenaire stable sur le plan financier est menacée. Les deux conjoints se sentent plus forts et en sécurité dans une relation égalitaire où ils partagent les fardeaux financiers ou non financiers de la famille, y compris les exigences en temps pour les travaux ménagers et les soins aux enfants.

Comment aborder les questions d'argent

Une récente enquête menée au Canada a constaté que plus du tiers des Canadiens évitent de parler des finances en famille. La même enquête révèle que 47 % des gens pensent que l'argent contrôle leur vie et 64 % craignent de ne pas en avoir assez plus tard. Dans notre société, la communication concernant l'argent semble problématique, bien que nécessaire pour réussir à entretenir des relations satisfaisantes. Les conclusions d'une étude démontrent que dans une relation conjugale, la communication avec son conjoint constitue une importante source de satisfaction pour les femmes, mais beaucoup moins pour les hommes. On pourrait en déduire que les discussions concernant l'argent sont contournées, entre autres, parce que la femme qui veut accroître sa communication avec son partenaire évite probablement de lancer quelque discussion sur des sujets potentiellement à controverse comme les finances.

La démarche essentielle à faire dans toute communication relative à l'argent est de fixer les priorités sur la base de ce que nous voulons réellement dans ce domaine. Notre volonté reflète nos valeurs et attitudes. Plus souvent qu'autrement, les disputes au sein de la famille tournent autour des questions concernant l'attribution des ressources et le contrôle provenant de la détermination même des priorités.

Dans la plupart des cas, l'attribution des ressources est un phénomène typique à la classe moyenne. Les nombreuses familles pauvres du Canada arrivent tout juste à subvenir à leurs besoins fondamentaux. Dans ces conditions, déterminer les priorités ne pose aucun problème, car il n'y a pas de surplus à dépenser. À l'inverse, les familles riches sont habituellement assez nanties non seulement pour répondre aux besoins familiaux, mais aussi aux désirs de chacun de ses membres.

Il devient particulièrement difficile pour un couple de fixer des priorités et de contrôler les allocations convenues si les deux conjoints ne s'entendent pas ou si leurs aptitudes à la communication sont faibles. Il n'y a pas de lien entre les disputes au sujet de l'argent et la taille du revenu familial; certaines recherches indiquent néanmoins que si les deux conjoints sont sur le marché du travail, ils sont moins susceptibles d'avoir de profonds désaccords au sujet des finances. (Peut-être que ces couples ont moins de temps et d'énergie à consacrer à de tels problèmes!) Les conjoints qui ne s'entendent pas sur les finances tendent aussi à être en désaccord sur d'autres questions liées à l'interaction familiale comme la religion, l'éducation des enfants et la répartition des responsabilités familiales. Autrement dit, le couple qui partage des valeurs similaires dans des domaines majeurs de la vie se disputera moins souvent au sujet de l'argent que celui qui a des valeurs divergentes.

Relations intergénérationelles

En consultant les données sur le coût de l'éducation d'un enfant, on pourrait être quelque peu troublé à l'idée quantifier de telles dépenses. Parallèlement, nombre d'entre nous se sentent accablés par les fortes sommes englouties, sans compter les coûts humains non quantifiables en temps et en énergie qu'impliquent l'éducation d'un enfant. Pour nombre de parents, il y a des coûts associés aux occasions qui leur échappent lorsque, pour le bien des enfants, ils abandonnent leur emploi, renoncent à retourner aux études ou refusent une promotion trop exigeante en temps ou nécessitant de déménager dans une autre ville. La décision de vivre près des écoles, des centres commerciaux ou des transports publics peut aussi être dictée par les besoins des enfants - ce qui peut augmenter le coût du logement. Il n'est pas surprenant que les familles avec enfants vivant à la maison soient rarement en mesure d'épargner. Et, maintenant qu'un plus grand nombre d'enfants adultes vivent avec leurs parents pendant leurs études collégiales ou universitaires (et au-delà), les années de dépendance financière sont parfois prolongées assez tard dans l'âge adulte.

Les transferts d'argent entre les générations interviennent à tous les stades du cycle de vie, mais comme dans d'autres aspects de la gestion monétaire, ces transferts peuvent comporter une foule de dangers pour les relations. La raison en est que l'argent est souvent mis au même plan que l'amour, l'estime de soi, la liberté, le pouvoir ou la sécurité. Pour bien des consommateurs compulsifs, acquérir des biens riment avec être aimés et, la plupart d'entre nous nous sentons importants quand nous occupons un emploi bien rémunéré. Cette forme d'équation émotionnelle, aussi courante soit-elle, devient destructrice lorsque poussée à l'extrême : par exemple, essayer de compenser notre complexe d'infériorité en vivant bien au-dessus de nos moyens ou se servir de l'argent pour inciter les autres à nous donner l'amour et le respect tant désirés.

Beaucoup de personnes âgées amassent de fortes sommes d'argent afin de ne pas dépendre de leurs enfants ou de l'État pour leurs soins et aussi parce qu'elles associent l'argent à la liberté. Ce raisonnement se justifie tant que l'exercice ne pousse pas à se priver de nécessités quotidiennes pouvant améliorer leur qualité de vie. En outre, leurs enfants et leurs petits-enfants, susceptibles d'avoir besoin d'un coup de main pour payer leur hypothèque ou leurs études collégiales pendant qu'ils sont jeunes, devront attendre bien après le moment opportun pour recevoir un héritage substantiel.

À mesure que les familles deviennent de plus en plus complexes, en raison de remariages et de nouvelles relations, les transferts monétaires sous formes de dons, d'héritages et d'allocations pourraient devenir une source d'insatisfaction. Les traditions, les règles et les valeurs peuvent différer sensiblement selon les familles, si bien que lorsque deux familles s'unissent par le mariage, elles doivent bien comprendre et respecter la nature symbolique et la valeur financière de tels transferts.

Counseling et éducation

Lorsque les couples sollicitent l'aide d'un conseiller familial, les différends financiers font souvent partie des problèmes évoqués. Nombre de disputes concernant les finances ne sont jamais résolues parce que les deux conjoints ont une perception différente de l'importance de l'argent. Aussi bien les hommes que les femmes ont tendance à venir en counseling avec des attitudes culturelles acquises concernant l'argent, particulièrement des attitudes relatives aux rôles masculins-féminins. Même si les femmes représentent plus de la moitié de la population active, la plupart des hommes s'attendent toujours à être le principal soutien de famille et cette perception est largement soutenue par notre société. L'époux estime que sa capacité à gagner un revenu constitue un témoignage important de son succès dans la vie. Pour sa part, l'épouse tend davantage à percevoir l'argent comme un moyen d'acquérir des biens et services. Ces deux perceptions sont fondamentalement différentes.

Les organismes de conseils financiers peuvent fournir un service inestimable aux familles non seulement pour résoudre une crise, mais aussi pour éviter que les choses ne s'enveniment. Grâce au counseling, n'importe quelle famille peut apprendre à gérer ses finances plus efficacement et celles qui ont connu des difficultés financières peuvent découvrir comment redresser leur situation.

Récemment, en réaction aux taux croissants de faillite, le Canada est devenu le premier pays à rendre le counseling obligatoire avant sa réhabilitation pour tout particulier ayant déclaré faillite. Selon des études préliminaires, les consommateurs qui suivent ce processus se sentent beaucoup plus confiants d'améliorer leur situation financière. Détail significatif, aucune de ces personnes n'avaient jamais parlé d'argent à quiconque avant le counseling obligatoire. Une composante relative à l'éducation du consommateur est maintenant obligatoire dans le processus de rééducation suite à une faillite.

Les modules d'éducation du consommateur et en matière de finances personnelles sont excessivement rares dans le système d'écoles publiques. Le Projet réalité, une excellente initiative conjointement réalisée par six provinces canadiennes, fournit cinq modules conçus pour initier les jeunes gens aux réalités et opportunités du marché. Cette ressource n'a pas été mise à jour depuis plusieurs années en raison de la concurrence d'autres programmes d'études qui ont préséance sur l'éducation de nos enfants concernant leur avenir financier. Beaucoup d'écoles ont aussi réduit l'importance accordée aux cours sur l'économie et les études familiales qui comprennent des composantes sur la gestion financière et le comportement des consommateurs.

Le bas niveau d'éducation économique de la population rend un grand nombre de Canadiens vulnérables aux manigances pour des gains faciles, aux ventes pyramidales et aux pratiques de consommation frauduleuses pouvant mener à la ruine financière. Les organismes de protection des consommateurs donnent de l'information objective sur les produits et services; malheureusement, il n'y en a pas assez.

Les solutions de rechange

L'argent est une ressource qui a une foule de substituts comme le temps, l'énergie et le capital humain. Comme notre société est devenue une économie basée sur les services, nous oublions souvent que nous avions l'habitude de laver notre voiture nous-mêmes, de préparer nos repas, de garder les enfants les uns des autres et de remplir notre déclaration d'impôt nous-mêmes. Ce sont-là autant de solutions de rechange par rapport à l'achat de biens et de services.

Le choix délibéré de la simplicité comme style de vie est une réaction contre une société dans laquelle nous nous encombrons de biens de consommation puis consacrons la plupart de notre temps et de notre énergie à gagner de l'argent pour les payer. Les personnes qui pratiquent une simplicité délibérée ont échangé les emplois sécuritaires, les maisons tout confort et les biens de consommation non essentiels pour une vie simple. Ces personnes qui «se satisfont de peu! » insistent sur l'importance de jouir des petits plaisirs de la vie, de nouer des relations solides avec les membres de leur famille et leurs amis et de protéger l'environnement. Le praticien type de la simplicité délibérée est une personne bien éduquée, progressiste et ayant le goût du risque.

Certes, la simplicité peut ne pas convenir à tout le monde, mais elle nous fait prendre conscience de l'importance de l'équilibre dans notre vie, et nous rappelle qu'il y a des solutions de rechange à la surcharge de travail, aux dépenses inconsidérées et à la course effrénée pour répondre à des exigences qui, à long terme, peuvent se révéler inutiles.

Dans les familles canadiennes d'aujourd'hui, les parents sont non seulement préoccupés par leur propre avenir, mais aussi par les besoins de leurs enfants et, dans certains cas, de leurs propres parents. La meilleure planification financière - pour préparer un budget pratique pour aujourd'hui, s'occuper des investissements ou de la planification successorale pour l'avenir - implique des discussions avec tous les membres de la famille. Les conversations familiales concernant l'argent - avec un accent particulier sur les sentiments et les relations et non seulement les finances - peuvent aussi mener à des plans significatifs pour l'avenir et permettre de tirer une satisfaction maximale de cette ressource rare qu'est l'argent.

Ruth E. Berry, Ph. D., est doyenne de la faculté d'écologie humaine et professeure en études de la famille à l'Université du Manitoba. Conseillère professionnelle en économie familiale, elle est aussi planificatrice financière agréée et ancien membre du conseil d'administration de l'Institut Vanier de la famille.

Que signifie l'argent pour vous?

Pour commencer à comprendre ce que l'argent signifie réellement pour vous et votre famille, vous devez explorer vos valeurs. Essayez cet exercice pour estimer vos valeurs personnelles et comment elles pourraient différer de celles de votre conjoint ou des membres de votre famille :

Chaque personne établit son budget idéal en fonction des revenus actuels de la famille. À; côté de chaque article de votre budget, précisez la (ou les) valeur(s) que l'article représente pour vous. Qu'est-ce qu'il symbolise? (Exemples : sécurité, affirmation de soi, liberté, amour, pouvoir, position sociale, estime, réussite, dignité, compétence, intelligence, acceptation et enthousiasme).

Ensuite, réunissez-vous et comparez vos budgets ainsi que les valeurs sous-jacentes. Maintenant, la famille peut commencer à négocier les différences dans les valeurs et les allocations budgétaires indiquées. Essayez de travailler ensemble pour élaborer un budget plus créatif - un budget qui vous reflète en tant qu'individus et famille.

Naturellement, la plupart des décisions financières doivent être prises par les adultes de la famille, mais tâchez de tenir compte des opinions des enfants. Chaque membre de la famille doit pouvoir exprimer ses opinions et ses sentiments concernant les décisions, notamment si la famille doit s'acheter une seconde voiture ou partir en vacances. Les parents pourraient se surprendre de voir que les adolescents en particulier sont plus raisonnables dans leurs demandes lorsqu'ils comprennent vraiment l'impact des différents choix.

- Adapté de Family Connections, BC Council for Families
[Traduction]

Des surprises? En faisant un exercice comme celui ci-dessus, vous pourriez découvrir que certaines valeurs sont plus importantes pour vous, pour votre conjoint ou vos enfants que vous ne l'auriez jamais pensé. Une différence majeure dans la façon dont chacun de vous aimerait allouer les revenus familiaux pourrait signifier que vos valeurs sont pour le moins dissemblables ou tout simplement que vous avez différentes façons de les appliquer.

Par exemple, le budget de Karine comporte une forte somme d'argent destinée à l'épargne retraite, tandis qu'Éric veut consacrer une somme identique à la rénovation de leur maison. La sécurité est importante pour Karine et l'épargne retraite la lui procurerait. La préférence d'Éric pour la rénovation pourrait témoigner d'un intérêt pour la sécurité étant donné que la rénovation augmentera la valeur de leur investissement immobilier. Dans ce cas, Karine et Éric ont besoin de s'entendre sur comment concrétiser des valeurs qui leur tiennent tous deux à coeur.

Cependant, si pour Éric la rénovation n'est qu'une façon de s'affirmer, alors il devra résoudre avec Karine un conflit de valeurs entre la sécurité et l'affirmation de soi. Le fait de discuter de pourquoi ces valeurs leur importent les aidera à respecter et à apprécier leurs besoins réciproques. De là, ils pourront élaborer une solution commune. Ensemble, ils pourront même imaginer des options de rechange combinant sécurité et affirmation de soi en fonction des ressources disponibles.

Ce qu'il en coûte pour élever un enfant

Les enfants n'ont pas de prix, mais ils coûtent cher. Selon une estimation, les dix-neuf premières années (de la naissance à 18 ans) reviennent à près de 160 000 $ - une facture qui ne tient pas compte du revenu auquel les parents renoncent quand ils quittent la population active pour rester à la maison avec leurs enfants.

Coûts estimatifs pour élever un enfant de la naissance à 18 ans
Filles Garçon
Services de garde (non subventionnés, reconnus, naissance à 11 ans) 52 029 $ 52 029 $
Logement, meubles, entretien ménager 36 998 36 998
Nourriture 28 648 31 913
Vêtements (y compris couches en tissu pour une période de 2 1/2 ans) 16 666 15 209
Loisirs, lecture, cadeaux à autrui, dépenses scolaires 13 433 13 433
Soins de santé 5 144 5 144
Soins personnels 3 020 2 303
Transport 2 897 2 897
COÛTS TOTAUX 158 826 $ 159 927 $

Préparé par l'Institut Vanier de la famille Source : «The Cost of Raising a Child: 1998 », ministère de l'Agriculture du Manitoba Note : Ces coûts ne doivent pas être utilisés textuellement dans une action en justice.

Naturellement, toute estimation du montant nécessaire pour donner à un enfant un bon départ dans la vie fait appel à une comptabilité approximative. Ce qu'il en coûte pour élever un enfant au Canada dépend de nombreux facteurs liés aux besoins individuels de l'enfant, à la situation et aux valeurs de la famille et de la communauté où ils vivent. Quelque chose d'apparemment aussi simple que le choix de couches jetables plutôt qu'en tissu ajoute 1 400 $ aux dépenses des parents pour les deux premières années et demie du bébé.

Les données citées dans cet article ont été calculées par le service de l'économie familiale du ministère de l'Agriculture du Manitoba, sur la base des besoins d'un enfant unique. Un second bébé ne double pas automatiquement tous les coûts. Normalement, beaucoup de vêtements, de jouets et d'équipement pour bébé passent d'un enfant à l'autre. En outre, le grand frère ou la grande soeur qui garde son petit frère ou sa petite soeur peut contribuer à réduire les frais de garde d'enfant. Par ailleurs, une grande famille peut avoir besoin d'une maison et d'un véhicule plus grands.

Les frais de services de garde d'enfants, estimés à un peu plus de 52 000 $ pour douze ans de services de garde reconnus, représentent de loin la dépense la plus importante. Cependant, le montant déboursé par les parents varie considérablement d'un ménage à l'autre. Une famille, avec un parent à la maison ou un grand-parent disponible, pourrait n'avoir pratiquement rien à consacrer aux services de garde. Par ailleurs, une autre famille pourrait payer plus que 52 000 $ pendant les jeunes années de l'enfant pour les services d'une bonne d'enfant. Pour les familles situées entre les deux extrêmes, les frais de garde varient selon le type d'installations, le temps que l'enfant passe à la garderie et si la famille est admissible ou non à une subvention.

Les coûts pour soigner un enfant ayant des problèmes de santé peuvent grossir les dépenses de la famille. Les ordonnances, par exemple, ne font pas toutes parties du montant estimé pour les soins de santé. Un handicap sérieux peut influer sur nombre des autres catégories de dépenses, sinon toutes.

Le montant alloué par le ministère de l'Agriculture du Manitoba pour les loisirs, la lecture, les cadeaux (à autrui) et les dépenses scolaires ne représentent que les besoins fondamentaux pour assurer le bien-être d'un enfant. Les coûts de loisirs pourraient facilement doubler ou tripler pour un enfant intéressé à des activités coûteuses comme les leçons de musique privées, la danse ou la gymnastique, le hockey compétitif ou la ringuette.

Règle générale, la famille à revenu moyen avec un enfant, deux parents dans la population active et une maison consacre environ 15 % de l'ensemble de ses revenus à nourrir, habiller, loger, éduquer et prendre soin de son enfant. Une famille avec deux enfants affecte presque le quart du revenu familial brut aux besoins de ses enfants tandis qu'une famille de trois enfants ou plus y consacre presque le tiers de son revenu avant impôt.

Cependant, les parents ont quelques avantages financiers - notamment la prestation fiscale pour enfants et la déduction pour frais de garde d'enfants. En outre, les enfants plus âgés travaillent parfois et contribuent au revenu familial.

En bout de ligne, toutefois, ni les coûts ni les avantages du rôle parental ne peuvent se mesurer en dollars. Peu d'entreprises dans la vie exigent autant d'efforts et très peu de réalisations apportent autant de joie et de plénitude que le fait d'élever un enfant.

Joindre les deux bouts: Contributions des familles à l'économie

Les efforts déployés par les familles pour joindre les deux bouts - financer et gérer leur ménage - représentent un travail de taille. Les besoins fondamentaux sont comblés par les dépenses affectées à la nourriture, aux vêtements et au logement. L'argent consacré au transport facilite pour les familles une vie sociale accrue, les déplacements entre le travail et la maison ainsi que l'échange des biens et services. Les dépenses liées aux matériels pédagogiques encouragent et améliorent l'apprentissage au foyer tandis que celles affectées aux loisirs et aux activités sociales contribuent à une vie saine et enrichissante. Par ailleurs, l'argent consacré à l'assurance-vie garantit la sécurité et la protection des personnes aimées.

Les efforts des familles pour joindre les deux bouts sont aussi importants pour l'économie en général. Une grande quantité d'argent passe par le canal familial et génère une somme considérable d'activités économiques. Les dépenses des ménages canadiens représentent environ 400 milliards de dollars par année. Comme huit Canadiens sur dix vivent avec leur famille, il n'est pas exagéré de dire que la famille est une cellule économique fondamentale. La plupart des personnes qui dépensent le font comme membres d'une famille. Les décisions prises par les familles sur où et comment elles dépensent sont cruciales au fonctionnement de l'économie canadienne. Une diminution de 2% seulement dans les dépensent des familles représente 8 milliards de dollars, un montant équivalent aux revenus provenant de 200 000 emplois offrant chacun un salaire de 40 000 $ par an!

Naturellement, il faut un revenu pour payer toutes ces dépenses. Le lien entre le monde de la famille et de l'emploi est fort, et en un sens, indissociable. C'est peut-être évident, mais il importe de le signaler : les emplois sont importants pour les familles et vice versa.

- Texte et graphique adaptés du livre De la table de cuisine à la table du conseil : La famille canadienne et le milieu de travail par Clarence Lochhead. Publié par l'Institut Vanier de la famille.

Tendances relatives à la situation financière des familles canadiennes

Les temps sont durs. Mais la situation financière des familles est-elle si différente aujourd'hui par rapport aux récentes décennies?

Le rapport brosse un tableau global et à plus long terme de la situation financière des familles pendant la majeure partie des cinquante dernières années, et en particulier au cours du dernier quart de siècle. L'utilisation de dollars constants de 1996 pour toutes les années élimine l'impact de la hausse des coûts et permet de comparer les revenus, les dépenses, l'épargne et l'endettement en fonction du pouvoir d'achat du dollar en 1996.

Tendances de fond

Il importe de présenter le contexte dans lequel le changement à long et à moyen terme est intervenu au Canada. Parmi les nombreuses possibilités, quatre tendances clés ont eu des conséquences majeures sur le budget global des familles :

  1. Le taux de chômage au Canada a progressé graduellement, mais avec quelques variations significatives, à partir de la moitié des années 1960 jusqu'à la fin des années 1970. Deux récessions et les reprises subséquentes ont provoqué une hausse spectaculaire du taux de chômage contemporain en 1983 et en 1993. À; l'exception des années 1988 et 1989, le taux de chômage est demeuré continuellement au-dessus des niveaux des années 1960 et 1970. Au cours des années 1980 et 1990, des changements intervenus dans les revenus des familles, leurs dettes et leur valeur nette ont eu tendance à suivre les courbes croissantes et décroissantes des taux de chômage.
  2. Le pourcentage des familles à double revenu s'est accru sensiblement, passant de 32 % en 1967 à 55% en 1981. Cette période a aussi coïncidé avec une forte croissance du revenu familial. Les familles à double revenu ont progressé plus lentement au cours de la décennie suivante et atteint un sommet de 63 % en 1989 avant de reculer quelque peu depuis lors. La proportion des familles à revenu unique continue de se contracter. Le pourcentage des familles où aucun des deux époux ne gagne un revenu a progressé tout au long de la période pour atteindre 19 % en 1996.
  3. La taille moyenne de la famille a atteint un sommet de quatre personnes en 1966 avant de reculer pour s'établir à tout juste au-dessus de trois vers le milieu des années 1990. Ce déclin est relié à une baisse du nombre d'enfants, à l'augmentation du nombre de ménages monoparentaux, à la hausse du phénomène du «nid vide » et à l'accroissement du nombre de personnes âgées. En théorie comme en pratique, les familles plus petites «ont besoin » de moins de revenu pour vivre.
  4. La composition des familles a aussi changé au cours de cette période. Entre 1980 et 1996, la proportion des familles de personnes âgées et des familles monoparentales s'est considérablement accrue par rapport à l'ensemble des familles. D'après une étude récente, le changement intervenu dans la structure familiale de 1984 à 1993 a fait baisser de moitié environ les revenus marchands des ménages par rapport à ce qu'ils auraient été si les structures familiales étaient demeurées intactes.

La structure par âge a aussi subi un changement majeur à mesure que les baby-boomers, qui étaient dans l'adolescence au début des années 1970, ont atteint de 30 à 50 ans vers la fin de la période concernée. Comme on le constatera, les personnes de plus de 45 ans s'en tirent beaucoup mieux financièrement que les plus jeunes.

Principaux changements dans les revenus,
les dépenses, l'épargne et l'endettement des familles
Avant 1980 Années 1980 Années 1990 Remarques générales
Revenus familiaux
  • tout le monde gagne
  • les personnes âgées gagnent tandis que d'autres perdent du terrain ou font des gains modestes
  • tout le monde perd du terrain
  • les jeunes ménages perdent du terrain
  • la récession frappe de plein fouet
  • plus d'impôt sur le revenu
Source de revenus
  • rôle réduit pour les salaires et les traitements
  • baisse des revenus d'investissement à partir du début des années 1980
  • les paiements de transfert du gouvernement principalement axés sur les rentes
  • assurance-chômage liée à l'économie
Répartition du revenu
  • les membres de la classe moyenne supérieure et les familles formant les 20 % les plus riches obtiennent une part légèrement plus importante de tous les revenus
  • le taux de faible revenu demeure élevé et relativement stable depuis 1980
  • répartition inégale
  • un plus grand nombre de jeunes basculent dans la catégorie des personnes à faible revenu tandis qu'un plus grand nombre de personnes âgées en sortent.
Dépenses
  • stables dans les années 1960
  • croissantes dans les années 1970
  • croissent et décroissent selon la conjoncture économique
  • 1989 était l'année de pointe
  • plus d'endettement dans les années 1990
Composition des dépenses
  • beaucoup moins pour l'alimentation, l'entretien ménager, les vêtements et la santé
  • beaucoup plus pour les taxes et les loisirs
  • les ménages formant les 20 % les plus pauvres dépensent encore plus pour se loger
Épargnes
  • en hausse
  • pas autant
  • au plus bas selon les mesures traditionnelles
  • les mesures de rechange indiquent une situation plus reluisante
  • les ménages formant les 20 % les plus pauvres sont des désépargnants
Valeur nette
  • en hausse
  • en hausse mais volatile
  • la reprise post-récession a profité au cours des actions
  • a subi l'influence du cycle économique
  • la valeur nette atteint son sommet entre 55 et 64 ans
Répartition de la valeur nette
  • les familles formant les 20 % les plus riches détiennent deux tiers de l'ensemble de la richesse
  • les familles formant les 20 % les plus pauvres ne possèdent aucune richesse
  • données dépassées pour la plupart
Stress financier
  • relativement faible
  • commence à monter après la récession
  • la plupart des mesures atteignent des sommets sans précédent
  • les moins de 45 ans supportent le plus haut niveau d'endettement
Possession d'équipement
  • davantage de presque tout
  • plus de pièces par ménage, particulièrement pour les personnes âgées et les familles avec enfants
  • l'accès à la propriété en hausse chez les 55 ans et plus, mais en baisse chez les autres
  • fourgonnettes et camionnettes remplacent les automobiles

Quelques corrélations intéressantes

Comme vous le verrez, la situation financière des familles n'a évolué de façon ni rectiligne ni simple. Quelques périodes notables et riches en événements sont dignes de mention :

  • Les années 1970 ont été marquées par une hausse généralisée des revenus, des dépenses et de la valeur nette. Cette évolution a eu lieu malgré le recul enregistré au milieu des années 1970 et largement causé par le cartel pétrolier de l'OPEP.
  • Le début des années 1980 a été marqué par une grave récession (que certaines personnes ont qualifié de «grande récession » à l'époque). Le chômage a fait un bond significatif et entraîné des diminutions importantes au niveau des revenus, des dépenses et de la valeur nette.
  • Les trois indicateurs ont connu pendant la période subséquente une reprise qui a pris fin en 1989. À; ce moment-là, les dépenses et la valeur nette avaient atteint de nouveaux sommets, mais ce ne fut pas le cas des revenus familiaux.
  • Les familles canadiennes ont subi une nouvelle récession au début des années 1990. Là encore, les trois indicateurs ont fléchi.
  • Une situation étrange est survenue depuis la nouvelle reprise. Premièrement, le chômage est demeuré relativement élevé. Deuxièmement, les dépenses ont repris et la valeur nette est beaucoup plus vigoureuse. Cette tendance s'est maintenue dans ces deux aspects jusqu'en 1997. Cette année-là, la valeur nette par ménage a atteint un sommet. Troisièmement, à l'opposé de la tradition, les revenus familiaux n'ont pas jusqu'à ce jour repris le terrain perdu. De plus, le taux d'épargne des particuliers a maintenant atteint des planchers historiques. Il s'établissait à 5,4 % en 1967, 12,5 % en 1977, à 9,1 % en 1987 et au faible niveau record de 1,8 % en 1997. Les familles semblent avoir augmenté sensiblement leurs dépenses en achetant à crédit sur la base de leur valeur nette croissante.

Les familles canadiennes sont-elles en mauvaise posture (revenus stagnants et faible taux d'épargne) ou se portent-elles bien (valeur nette élevée)? Beaucoup d'analystes sont inquiets. Certains estiment que la situation actuelle porte en elle les germes d'une très prochaine récession.

Certains croient que nous devrions cesser de nous tourner vers l'accroissement des gains familiaux comme principal indicateur de la croissance des dépenses, mais privilégier plutôt la valeur nette. Une autre école de pensée affirme que nous devrions arrêter de tenir compte des anciens taux d'épargne et commencer à examiner les variations de la valeur nette année après année. Un danger lié à l'examen de la valeur nette est le degré auquel la richesse est concentrée entre les mains d'un nombre de familles relativement peu élevé. En effet, les familles formant les 20 % les plus riches possèdent plus des deux tiers de toute la richesse et près de la moitié de cette richesse est concentrée entre les mains des familles formant les 10 % les plus riches.

Malheureusement, il n'y a pas de réponse précise à la question de savoir si les Canadiens sont en mauvaise posture. Si vous demandez aux Canadiens s'ils sont satisfaits de leur situation financière, la plupart - mais pas autant que dans le passé - répondra «oui ». Selon une enquête continue, environ 85 % des Canadiens s'estimaient satisfaits de leur situation financière en 1975 et 1980. Vers 1995, ils n'étaient plus que 72 % à se dire satisfaits.

Le revenu familial stagne depuis 1980

La plus longue série de données disponibles sur le revenu familial remonte à un demi-siècle. Elle mesure le revenu avant impôt. En 1951, le revenu familial moyen totalisait environ 3 500 $, soit 22 743 en dollars constants de 1996. Ce revenu familial s'est accru sensiblement pour atteindre près de 56 000 $ en 1980. Depuis lors, la situation a été stable, mais marquée par des variations importantes résultant des récessions et des reprises. La récession du début des années 1980 a causé une chute des revenus jusqu'en 1983. Ils se sont par la suite redressés à la faveur de la reprise pour atteindre près de 59 000 $ en 1989. Le cycle a recommencé avec la récession du début des années 1990 qui a entraîné une baisse en 1994 avant une remontée subséquente pour se situer à près de 56 600 $ en 1996. En d'autres mots, le revenu familial était moindre en 1996 que le sommet atteint en 1989 et dépassait seulement de 600 $ le niveau de 1980. Les données préliminaires semblent indiquer que le revenu familial a subi une autre baisse en 1997.

Dans ces familles, le revenu moyen par personne est passé d'environ 6 000 $ en 1971, à 17 000 $ en 1980, à 18 900 $ en 1989 avant de glisser à 18 400 $ en 1996.

Le revenu de la plupart des familles a diminué dans les années 1990

  • Toutes les familles, à l'exception des familles monoparentales dirigées par un homme, ont obtenu des gains de revenu significatifs si on prend le quart de siècle dans son ensemble. Les gains les plus importants se retrouvent parmi les familles de personnes âgées. Les familles avec enfants où une seule personne gagne un revenu ont enregistré de très modestes gains de revenu pour l'ensemble de cette période.
  • Tous les types de familles ont enregistré des gains de revenu dans les années 1970, et ce sont les personnes âgées qui ont obtenu les gains les plus importants. Pour la plupart des familles autres que de personnes âgées, les seuls gains de revenu au cours du dernier quart de siècle sont intervenus pendant les années 1970.
  • On a continué d'enregistrer des améliorations dans les années 1980 parmi les familles de personnes âgées et un répit temporaire pour les familles monoparentales dirigées par un homme. Les couples mariés sans enfants ont vu leur revenu diminuer tandis que celui des couples mariés avec enfants et des familles monoparentales dirigées par une femme a progressé légèrement.
  • Les années 1990 n'ont pas été bonnes pour les familles. Les familles de personnes âgées et autres que de personnes âgées ont connu d'importantes baisses de revenu. Les familles monoparentales dirigées par un homme ont été les plus touchées. Les couples mariés où les deux partenaires travaillaient ont tout juste pu maintenir leur revenu. La croissance dans le nombre de familles à deux revenus s'est stabilisée au cours des années 1990; un nombre moins important de couples ont choisi ou ont été en mesure d'ajouter une autre personne gagnant un revenu pour augmenter le revenu familial. Pour les couples mariés, un tel ajout s'est traduit par un revenu supplémentaire de 13 000 $ à 15 000 $ en 1996.
  • Pour la majorité des familles, 1989 a été l'année de pointe au niveau du revenu, mais ce fut en 1980 pour les couples mariés sans enfants.

Les riches s'enrichissent (un peu)...

Le mode de répartition du revenu entre les ménages est important du point de vue de la politique gouvernementale.

  • En 1969, les familles formant les 20 % les plus riches ont eu 35,7 % du revenu global après impôt. Vers 1996, cette proportion était passée à 37,6 %. La part de la richesse possédée par les familles formant les 20 % de la classe moyenne supérieure a connu une légère augmentation.
  • Les trois groupes de familles composés des moins nantis, de la classe moyenne inférieure et de la classe moyenne ont tous perdu du terrain au profit des deux groupes de la tranche de revenu plus élevée.
  • La répartition est encore plus inégale avant l'impôt sur le revenu et les transferts.

Les plus jeunes familles sont plus susceptibles d'avoir de faibles revenus

Statistique Canada classe certaines familles comme étant à faible revenu (Ce que d'aucuns appellent familles pauvres. Statistique Canada met en garde contre un tel usage, mais quoiqu'il en soit, la plupart des ménages de ce groupe vivent dans la pauvreté). En 1996, un ménage de deux personnes vivant dans une ville d'au moins 500 000 habitants était classé comme famille à faible revenu si le revenu total se situait à 21 414 $ ou 10 717 $ par personne.

La proportion de familles à faible revenu a reculé dans les années 1970, mais on n'a pas enregistré d'amélioration soutenue depuis lors. Le pourcentage des familles à faible revenu était de 13,2 % en 1980 et de 14,5 % en 1996. Le pourcentage des enfants de moins de 18 ans vivant dans des familles à faible revenu est passé de 15,8 % à 21 % environ.

Les développements les plus notables concernent les genres de famille et les tranches d'âge

  • Les couples mariés autres que de personnes âgées, avec ou sans enfants, étaient plus susceptibles de faire partie de la catégorie des familles à faible revenu en 1996 qu'en 1980. Il en est ainsi pour les familles à revenu unique ou double. Lorsqu'une famille à un revenu devient une famille à deux revenus, elle réduit de façon significative le risque d'avoir un faible revenu. En 1996, une famille à un revenu avec enfants était 3,8 fois plus susceptible d'avoir un faible revenu qu'une famille à deux revenus.
  • Le taux de faible revenu le plus élevé se retrouve encore au sein des familles monoparentales dirigées par une femme. La presque totalité de ces familles où personne ne gagne un revenu font partie de la catégorie des faibles revenus.
  • L'âge est un facteur très important. Le taux de faible revenu a plus que doublé chez les familles de moins de 25 ans et a bondi d'environ 75 % chez celles âgées de 25 à 34 ans. Le taux de faible revenu chez les familles dirigées par une personne de 65 ans et plus a diminué de plus de moitié de 1980 à 1996. En 1980, aussi bien les ménages formés de jeunes que de personnes âgées avaient des taux de faible revenu similaires vers 1996, les jeunes ménages étaient cinq fois plus susceptibles d'avoir un faible revenu.

Moins de revenus et plus de paiements de transferts

Les salaires et les traitements ainsi que les gains provenant d'un emploi autonome sont en baisse, mais demeurent la principale source du revenu des familles.

  • En 1996, les salaires, les traitements et les gains provenant d'un emploi autonome représentaient environ 79 % des revenus familiaux contre environ 88 % il y a environ 25 ans. La part de revenu provenant de ces sources a enregistré sa plus importante chute au cours des récessions des années 1980 et 1990. L'augmentation du nombre de familles sans revenus a contribué à cette tendance à long terme.
  • La seconde plus importante source du revenu familial sont les paiements de transfert gouvernementaux qui sont passés de 6 % environ du revenu en 1971 à quelque 12 % en 1996. Les transferts comme l'assurance-emploi et l'aide sociale ont tendance à augmenter pendant les périodes de récession.
  • D'autres sources de revenu monétaire, par exemple ceux provenant de pensions privées et de paiements de pension alimentaire, forment maintenant la troisième source de revenu la plus importante, ayant passé de 2 % en 1971 à 6 % en 1996, soit un bond de 300 %.
  • La part des revenus d'investissement comme source de revenu familial a diminué. Ce recul est largement dû à une baisse importante des taux d'intérêt depuis le début des années 1980. Le déclin se poursuit même si la valeur des actions détenues par les ménages s'est accrue de façon substantielle à compter de 1993 et de 1994. Il convient de noter que près de la moitié du revenu d'investissement concernait les familles formant les 20 % les plus riches, au milieu des années 1970, 1980 et 1990.

Les dépenses des ménages sont vulnérables aux conditions économiques

Les dépenses de consommation par ménage ont eu tendance à augmenter, mais de façon très cyclique. Ces dépenses sont très liées au cycle économique en constante évolution.

La moyenne des dépenses par ménage s'est établie tout juste au- dessus de 34 000 $ à la fin des années 1960 puis a bondi pour atteindre 40 000 $ vers 1979. La récession du début des années 1980 a entraîné une baisse de 9,5 % dans les dépenses. La reprise subséquente a permis d'établir un nouveau record de 41 600 $ en 1989. Puis, la récession du début des années 1990 a causé une baisse de 9 %. Vers 1997, la moyenne des dépenses par ménage se situait toujours à 3,5 % en-deçà du sommet de 1989 et à 0,5 % seulement au-dessus de celui de 1979. Les variations dans les dépenses moyennes ont été plus volatiles que pour les revenus familiaux moyens.

Les habitudes de dépenses des familles ont changé

La consommation totale actuelle telle que mesurée par l'enquête sur les dépenses des familles au Canada a baissé, passant de 79,5 % du budget total des ménages en 1969 à 69,1 % en 1996, soit une baisse de 10,4 points de pourcentage. La portion qui n'est pas allouée aux dépenses courantes est absorbée par l'impôt sur le revenu, l'investissement dans la sécurité financière ainsi que par les dons et les contributions. En 1996, l'impôt sur le revenu équivalait à 22,4 % du budget familial total comparativement 13,6 % en 1969. L'impôt sur le revenu par ménage en termes réels a progressé d'environ 5 700 $ en 1969 à 12 500 $ en 1996.

La proportion du budget familial affectée à l'alimentation a glissé de 18,8 % en 1969 à 12,2 % en 1996. La portion des dépenses totales destinées à l'habillement a chuté de plus de moitié entre 1969 et 1996. D'autres chutes très significatives étaient évidentes au chapitre de l'achat d'ameublement et d'équipement, de produits du tabac et de boissons alcoolisées ainsi que des soins médicaux. Des baisses moins importantes se sont manifestées dans le domaine des transports et des soins personnels.

Des accroissements majeurs sont intervenus dans le domaine du logement, de l'entretien ménager et des loisirs. Le fait que la catégorie des divers ait presque doublé tient à une augmentation importante des dépenses reliées aux jeux de hasard.

Les ménages pauvres dépensent relativement plus pour se loger que les riches

Les revenus élevés entraînent des habitudes de dépense différentes. Les familles formant les 20 % les plus pauvres consacrent près du tiers de leurs dépenses totales au logement, soit une hausse de 8,5 points de pourcentage depuis 1969. Les ménages formant les 20 % les plus riches allouent environ 13 % au logement, une légère augmentation depuis 1969.

L'impôt sur le revenu des particuliers représente plus de 30 % des dépenses totales des ménages formant les 20 % les plus riches, soit environ 20 % de plus qu'il y a 25 ans. La proportion allouée aux impôts par les familles formant les 20 % les plus pauvres s'est accrue au cours de cette période tout en demeurant en-deçà de 3 %.

Les deux groupes allouent présentement plus d'argent à leur sécurité financière. En effet, les familles formant les 20 % les plus riches épargnent 6 % de leur budget par rapport à 1,6 % pour les familles formant les 20 % les plus pauvres.

Aussi bien les familles les plus pauvres que les plus riches ont réduit la part de dépenses allouées à l'alimentation, à l'ameublement et à l'équipement, à l'habillement, aux soins médicaux et de santé ainsi qu'aux produits du tabac et à l'alcool.

Les familles n'ont plus d'épargne

Le taux d'épargne des particuliers mesure l'épargne comme pourcentage du revenu personnel disponible, soit le revenu après impôt. En période de chômage élevé, les chômeurs épargnent moins tandis que les personnes ayant encore un emploi augmentent leur épargne par crainte de le perdre. Selon une étude de la Banque du Canada, ce comportement préventif compense largement toute désépargne par l'ensemble des personnes sans emploi. Ainsi, dans l'économie en général, le taux d'épargne a tendance à augmenter lorsque le taux de chômage augmente et à baisser de pair avec lui.

Lorsque l'économie s'est améliorée après la récession du début des années 1990, le taux d'épargne habituel des particuliers a connu une baisse beaucoup plus marquée que prévu, plongeant à moins de 2 % en 1997. Le taux de 1996 était le troisième plus bas jamais enregistré.

Les bas taux d'épargne records indiquent que la stagnation dans la croissance du revenu des années 1990 n'a peut-être pas permis aux ménages d'épargner davantage. Par conséquent, un ralentissement de l'économie pourrait inciter les consommateurs à dépenser encore moins que pendant les récessions précédentes parce que leurs épargnes sont très faibles.

La valeur nette tend à augmenter

La valeur nette est la différence entre l'épargne accumulée et l'endettement de la famille. En d'autres mots, la valeur nette est égale aux actifs moins les passifs. Certaines personnes appellent cela la «richesse ».

  • La valeur nette s'est améliorée avec le temps grâce aux baisses associées aux périodes de récession et aux augmentations inhérentes à la reprise.
  • La valeur nette par ménage représentait 148 000 $ en 1965 et 211 000 en 1997, soit une augmentation de 42 % pour la période. Au cours de la même période, les actifs (ce que les ménages possèdent ou ce qu'on leur doit) avaient augmenté de 47 % tandis que les passifs (ce que les ménages doivent) avaient augmenté beaucoup plus rapidement, soit de 76 %. Comme tel, le ratio des passifs totaux par rapport aux actifs totaux a progressé avec le temps.
  • L'ensemble des passifs est passé de 27 000 $ par ménage en 1965 à plus de 47 000 $ en 1997.
  • Les actifs non financiers représentent maintenant une plus petite partie de tous les actifs. En 1965, tant les actifs non financiers que financiers avaient une valeur approximative de 87 500 $ par ménage pour un total de 175 000 $. En 1997, les actifs non financiers atteignaient 142 000 $ en moyenne par ménage, avec des actifs financiers évalués à 116 000 $.
  • Les immeubles résidentiels et les terrains représentent maintenant plus des trois quarts de tous les actifs non financiers par rapport aux deux tiers en 1965.
  • La valeur marchande des immeubles résidentiels a atteint 54 600 $ par ménage en 1994 tandis que la valeur marchande des terrains atteignait 36 000 $ par ménage en 1980. La valeur des biens de consommation durables détenus par les ménages a atteint 27 000 $ par ménage en 1979, en dollars constants de 1996.
  • L'assurance-vie et les rentes constituent maintenant l'élément le plus important (46 000 $ par ménage) des actifs financiers.
  • La valeur des actions par ménage a été relativement stable de 1965 au début des années 1990. La valeur des actions est passée de 27 000 $ par ménage en 1992 à plus de 40 000 $ en 1997, soit une augmentation d'environ 50 %.
  • Les Obligations d'épargne du Canada et d'autres actifs financiers représentent une portion décroissante des actifs financiers.
  • En moyenne, les prêts à la consommation des ménages canadiens se situent à 10 500 $ environ, un montant identique à celui de la fin des années 1970, mais plus élevé que la moyenne de 7 000 $ enregistrée au milieu des années 1960. Les prêts à la consommation couvrent le crédit accordé à des personnes pour l'achat de biens de consommation et de services. Le ratio de ces prêts par rapport à la valeur des biens durables a atteint un nouveau sommet en 1997.

Les ménages sont-ils trop endettés?

Les passifs et les dettes ont progressé beaucoup plus vite que les actifs. Plusieurs indicateurs semblent démontrer que les ménages canadiens souffrent d'un niveau de stress grandissant. Une enquête réalisée en juillet 1998 par Angus Reid a révélé que 54 % des Canadiens éprouvent plus de difficulté à joindre les deux bouts par rapport à 38 % en 1989.

  • Depuis de nombreuses années, une mesure normalisée du stress financier a consisté à comptabiliser l'ensemble des dettes/passifs comme pourcentage du revenu disponible. Cette mesure est une approximation de la capacité d'un propriétaire/locataire d'honorer ses paiements de crédit. Au milieu des années 1960, le passif total égalait environ 72 % du revenu disponible. Ce ratio a augmenté au début des années 1970, diminué au milieu de ces mêmes années et atteint 88 % en 1979. La récession du début des années 1980 a fait que les ménages et les prêteurs ont consolidé leur situation financière. En 1984, le ratio avait plongé de nouveau aux très faibles niveaux du milieu des années 1960. Depuis lors, il a fait un bond spectaculaire pour atteindre de nouveaux sommets en 1988, dépasser la marque du 100 % en 1993 et atteindre le cap de 114 % en 1997.
  • Une proportion grandissante du budget familial sert à payer les intérêts. En 1969, les intérêts hypothécaires, conjugués aux intérêts sur le crédit à la consommation, représentaient 3 % des dépenses après impôts par rapport à 5,6 % en 1996.

La question de savoir si les niveaux d'endettement actuels ont atteint un seuil critique varie selon le débiteur. Une enquête sur les ménages réalisée au milieu des années 1980 a constaté que l'endettement, comme pourcentage des actifs, était plus élevé parmi les ménages plus jeunes, soit de 37 % dans les ménages dont le chef avait moins de 25 ans, de 29 % pour celui âgé de 35 à 44 ans, 10 % pour celui âgé de 45 à 54 ans, 5 % pour celui âgé de 55 à 64 ans et moins de 2 % pour les ménages dont le chef avait 65 ans et plus. Le fait que les familles plus jeunes ont généralement des revenus plus faibles indiquent que les ménages dont le chef a moins de 45 ans pourraient maintenant supporter une proportion encore plus importante de l'endettement total.

Les conditions récentes sont précaires et pourraient empirer tout ralentissement de l'économie. Les dépenses des ménages diminuent sensiblement pendant les récessions. Des charges de la dette plus élevées pourraient rendre la prochaine diminution encore plus considérable.

Article tiré d'un document rédigé par Roger Sauvé sous le titre «Tendances des revenus, des dépenses, de l'épargne et de l'endettement des familles canadiennes ». Publié par l'Institut Vanier de la famille en février 1999 dans le cadre de sa collection Tendances contemporaines de la famille, le document est disponible en français et en anglais. Pour de plus amples renseignements [ cliquez içi ].

Roger Sauvé est président de People Patterns Consulting et auteur de Canadian People Patterns (1990) et de Borderlines (1994). On peut le rejoindre au (613) 931-2476 ou au www.peoplepatternsconsulting.com.