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Imprimé du site web de l'Institut Vanier de la famille www.ivfamille.ca. Droits d'auteur 2007. LE MAGAZINE TRANSITION La famille canadienne et l'argent
La famille canadienne et l'argent L'argent n'est pas tout, mais il existe des liens incontestables entre les finances de la famille et son bien-être. C'est pourquoi ce numéro de Transition traite une fois de plus du thème de l'argent que nous avions exploré à l'automne 1999. Dans le premier article, Canada - Les riches, les pauvres et les autres, Roger Sauvé nous trace encore une fois le tableau général de la situation des familles canadiennes, mais sous l'angle de leur valeur nette. Cette analyse des données relatives aux avoirs, aux dettes et à la richesse des ménages du Canada révèle que certains facteurs comme l'âge, l'état matrimonial, le sexe et la langue, sont d'importants déterminants du niveau de richesse ou de pauvreté. Dans Les dettes - Comment s'en sortir, Mike McCracken aborde un sujet que la plupart d'entre nous préférons ignorer, à nos risques et périls. En effet, McCraken démontre clairement les avantages et les dangers inhérents à l'endettement, tout en recommandant des mesures judicieuses aux familles et aux gouvernements. Finalement, De combien d'argent les familles ont-elles besoin? souligne l'influence profonde qu'exerce l'argent sur les familles, en particulier sur les enfants. Cet article cite une recherche du Conseil canadien de développement social qui présente « des preuves sans équivoque et abondantes » sur le préjudice que la pauvreté porte aux enfants et qu'il y a lieu de changer la définition de ce mot afin de maximiser le potentiel de la prochaine génération. Canada — Les riches, les pauvres, et les autres
La richesse — ou « valeur nette » — constitue un élément important de la société canadienne. La plupart des Canadiens aspirent à la richesse et les publicitaires nous rappellent constamment toutes les merveilleuses choses que l'argent peut nous permettre d'acheter. Pour certains, le rêve est devenu réalité : le Canada compte environ 500 000 ménages millionnaires. Une combinaison de facteurs peut avoir contribué à leur richesse : un bon départ, un travail acharné, la discipline, les bons choix en cours de route, être nés dans la bonne famille, etc. Cependant, pour un grand nombre de Canadiens, le rêve ne devient jamais réalité. Les 10 % représentant les ménages les plus pauvres au Canada ont une valeur nette médiane de 150 $ seulement. La plupart des gens au Canada se retrouvent quelque part au milieu. Je mets ici l'accent sur le « ménage médian », c'est-à-dire le ménage du milieu, où la moitié de tous les ménages ont moins et la moitié ont plus. (Un ménage peut être composé d'une personne vivant seule ou d'une famille de deux personnes ou plus.) De l'ensemble de tous les ménages canadiens, celui du milieu avait une valeur nette de 109 200 $ en 1999. La plus récente information du genre a été recueillie en 1999. En effet, cette année-là, Statistique Canada a collecté des données détaillées sur les avoirs, les dettes et la richesse des ménages canadiens. La dernière enquête de ce type avait été réalisée en 1984. Le présent article utilise les données des deux enquêtes pour examiner la situation actuelle et les perspectives des ménages canadiens, et jeter à l'occasion un regard rétrospectif sur les changements survenus au cours des quinze ans écoulés entre les enquêtes. Coup d'oeil sur les tendances et les configurations Quelle est votre valeur nette? On pose fréquemment cette question très personnelle quand une personne emprunte de l'argent ou s'engage sérieusement dans une nouvelle relation. Nous nous posons la même question à différents moments de la vie, notamment en période de difficultés ou quand nous commençons à songer à la retraite. Quand il s'agit de l'accumulation d'avoirs et de dettes, les ménages traversent typiquement des périodes qui dépendent de l'âge du principal soutien économique du ménage. Bien qu'il existe de nombreuses variations, le ménage « typique » de chaque groupe d'âge nous aide à comparer notre situation à celles des autres du même groupe d'âge. Qui a quoi? La plupart des ménages ont certains avoirs. Ces derniers peuvent inclure des avoirs aussi mineurs qu'une montre bon marché ou quelques dollars dans un compte d'épargne, ou il peut s'agir d'avoirs importants comme une maison ou une grande quantité d'actifs de retraite accumulés sur de nombreuses années. La plupart des ménages ont des avoirs, mais la valeur médiane de ceux des ménages plus jeunes (où le principal soutien économique à moins de 35 ans) est beaucoup plus faible que celles des ménages âgés de 55 à 64 ans, soit 32 700 $ par rapport à 306 000 $. Statistique Canada classe les avoirs en quatre principales catégories : La première catégorie comprend les avoirs financiers liés à la retraite et que l'on prévoit utiliser à ce moment-là pour remplacer les revenus gagnés. Près de 71 % des ménages canadiens ont des avoirs de retraite ayant une valeur médiane de 50 000 $. Quelque 48 % ont un RPA (Régime de pension agréé) parrainé par un employeur et ayant une valeur médiane de plus de 49 000 $. En outre, les REER (Régime enregistré d'épargne-retraite) sont devenus très populaires : le montant global des avoirs détenus dans les REER était plus de six fois plus élevé en 1999 qu'en 1984, le pourcentage des ménages possédant un REER a presque doublé, passant de 28 % à 55 %, et la valeur médiane a plus que doublé pour s'établir à 20 000 $. La deuxième catégorie traite des avoirs financiers non liés à la retraite, y compris les dépôts, les fonds communs de placement, les fonds de placement, les actions et les obligations. Environ 90 % des ménages possèdent des avoirs financiers non liés à la retraite, mais leur valeur médiane n'est que de 4 800 $. Ce montant relativement faible semble indiquer que de nombreux ménages n'ont pas beaucoup de ressources disponibles dans lesquelles puiser en période de précarité financière, ce qui pourrait les obliger à vendre d'autres avoirs ou à faire un emprunt dans les périodes difficiles. C'est particulièrement le cas chez les ménages plus jeunes. La troisième catégorie est composée d'avoirs non financiers comprenant les résidences, les biens immobiliers, les véhicules, le mobilier, les bijoux, les objets de collection, etc. Pratiquement tous les ménages canadiens possèdent des avoirs de ce genre et leur valeur médiane est de 103 000 $. La plupart des ménages possèdent un véhicule et une maison. En excluant les ménages ayant un véhicule loué, 77% des ménages canadiens possèdent un véhicule ou plus (voitures, fourgonnettes, camions, motocyclettes, motoneiges, etc.) dont la valeur médiane est de 9 000 $. Cependant, environ 60 % des ménages possèdent une maison dont la valeur médiane est de 125 000 $. Les avoirs d'affaires forment la dernière catégorie et comprennent les sociétés, les fermes et d'autres petites entreprises privées ou partenariats. Dix-neuf pour cent des ménages détiennent de ces avoirs dont la valeur médiane est de 10 000 $. Qui doit quoi? Environ 68 % des ménages canadiens ont des dettes actives, tandis que le reste est libre de dette. Le niveau d'endettement médian est de 29 000 $, ce qui signifie que la moitié des ménages sont plus endettés et l'autre moitié l'est moins. L'âge a beaucoup à voir avec l'endettement des ménages. Environ 80 % des ménages de moins de 55 ans sont endettés, mais ce pourcentage chute à 62 % pour les ménages de 55 à 64 ans, et à seulement 27 % pour ceux de 65 ans et plus. L'endettement médian des moins de 35 ans se chiffre à environ 19 000 $. Il augmente à quelque 40 000 $ chez les 35 à 44 ans, puis il décroît graduellement à seulement 6 500 $ parmi les 65 ans et plus. La plupart des ménages peuvent acquitter leurs dettes, mais beaucoup d'autres ont de la difficulté à le faire.
Qui détient la richesse ? La richesse ou valeur nette, est la différence entre les avoirs et les dettes. En d'autres mots, la valeur nette est ce qui resterait si vous vendiez tous vos avoirs, comme votre maison, et régliez toutes vos dettes. De toute évidence, la richesse n'est pas également répartie entre les ménages au Canada. Elle varie selon la province, la structure du ménage, l'âge, la scolarité, la situation d'activité et d'autres caractéristiques. La richesse ou les opportunités héritées jouent aussi des rôles très importants dans la répartition de la richesse entre les ménages, bien que nous ne puissions pas en mesurer leur impact.
La valeur nette du ménage du milieu est la plus élevée en Ontario et se chiffre à 132 900 $, suivie de près par la Saskatchewan (131 400 $), la Colombie-Britannique (127 200 $) et l'Alberta (122 000 $). La valeur nette la plus faible est à Terre-Neuve (65 300 $). En d'autres mots, la valeur nette en Ontario est de 22 % supérieure à la valeur médiane canadienne et le double de celle de Terre-Neuve. Une façon facile d'évaluer l'inégalité est de diviser tous les ménages canadiens en dix groupes de taille égale, du plus pauvre au plus riche. Chaque groupe comprend environ un million de ménages.
Les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent! En dollars indexés, la richesse médiane de l'ensemble des ménages a augmenté de 11 % entre 1984 et 1999. Par contraste, les ménages du décile inférieur avaient une valeur nette négative (leurs passifs étaient supérieurs à leurs actifs) en 1984, et la situation s'était détériorée (-216 %) en 1999. Les ménages du deuxième décile ont connu une diminution de 85 % de leur richesse nette, tandis que ceux du troisième décile en ont subi une de 12 %. Chacun des sept autres groupes a connu une augmentation réelle de sa richesse, allant de 6% pour le quatrième décile à environ 35 % pour les ménages de chacun des deux déciles les plus riches. Les ménages riches : Un aperçu Le statut de millionnaire peut maintenant être revendiqué par 484 000 ménages canadiens. Même si ce groupe de millionnaires représente seulement 4 % de tous les ménages, il possède 31 % de toute la richesse des ménages au Canada. Les millionnaires vivent surtout en Ontario (232 000 ménages), au Québec (85 100 ménages) et en Colombie-Britannique (81 200 ménages.). Environ 1,1 million de ménages ont une valeur nette allant de 500 000 $ à 1 000 000 $. Ce groupe représente 9 % de tous les ménages et détient 26 % de toute la richesse. Ces deux groupes représentent seulement 13 % de tous les ménages, mais possèdent 57 % de la richesse de l'ensemble des ménages. La richesse de ces deux groupes totalisait 1 721 490 000 000 $ (1,7 trillion de dollars) en 1999, de quoi acquérir tous les biens de consommation et les services achetés au Canada au cours des trois années précédentes. L'âge : Une des clés pour comprendre l'accumulation de la richesse Les ménages plus âgés, comme les familles de personnes âgées, devraient naturellement avoir une valeur nette plus élevée étant donné qu'ils ont eu plus d'années pour accumuler des avoirs et rembourser leurs dettes. À l'inverse, les familles monoparentales tendent à être beaucoup plus jeunes, et par conséquent moins riches. Les ménages où le principal soutien économique a moins de 35 ans possèdent une valeur nette médiane de 18 800 $ seulement. La valeur nette atteint un sommet de 272 200 $ pour les ménages âgés de 55 à 64 ans, puis fléchit au moment où ils atteignent l'âge de la retraite et commencent à puiser dans leur richesse accumulée pour subvenir à leurs besoins. Les changements survenus entre 1984 et 1999 dans la valeur nette médiane des ménages canadiens dépendaient beaucoup de l'âge du ménage :
De toute évidence, le remboursement de l'hypothèque accroît la valeur nette. L'accession à la propriété révèle le rôle crucial de l'âge dans l'accumulation de la richesse.
Il est intéressant de noter que la valeur médiane des maisons varie relativement peu selon l'âge. La valeur médiane la plus faible pour les maisons est de 120 000 $ pour les ménages de moins de 35 ans et ceux de 65 ans et plus. La valeur la plus élevée était de 138 500 $ pour les ménages âgés de 45 à 54 ans. Il semble que la tendance des propriétaires à acquérir des maisons de plus haute gamme soit de courte durée, et peut simplement refléter les besoins en espace des familles nombreuses plutôt qu'une amélioration du revenu réel. La taille du ménage moyen atteint environ 3 personnes chez les 35 à 44 ans, passe à 2,3 parmi les 55 à 64 ans et à seulement 1,7 pour les 65 ans et plus. Les couples possèdent la valeur nette la plus élevée La valeur nette des familles est habituellement plus élevée que celle des personnes seules. Les couples mariés et vivant en union libre possèdent une valeur nette médiane de 174 000 $, soit 2,3 fois la valeur nette des ménages où le principal soutien économique est séparé, divorcé ou en veuvage, et 13 fois celle des ménages où le principal soutien économique n'a jamais été marié. Les familles de personnes âgées sont les plus riches et possèdent une valeur nette médiane de plus de 300 000 $. Les familles autres qu'âgées viennent au second rang avec une valeur nette médiane de 212 000 $. Ce groupe est surtout composé de couples ou de parents seuls vivant avec des enfants de 18 ans ou plus ou d'un groupe de personnes apparentées vivant ensemble dans un logement. Les ménages les moins bien nantis sont ceux dirigés par une femme seule de 15 à 64 ans et ceux des mères monoparentales. La valeur nette de ces groupes se situe juste au-dessus de 14 000 $. Les hommes seuls de 15 à 64 ans se situent aussi au bas de l'échelle avec une valeur nette médiane de 15 600 $ seulement. Il convient de noter que les pères monoparentaux ont une valeur nette médiane de 80 800 $, une valeur beaucoup plus élevée que celle des mères monoparentales. Cette différence peut en partie être expliquée par les taux de rémunération plus faibles et les gains moindres pendant l'ensemble de la vie active des femmes. Il importe de reconnaître que la différence peut aussi être attribuée au fait que les pères monoparentaux, comme groupe, sont beaucoup plus âgés que les mères monoparentales. Par conséquent, les pères monoparentaux sont depuis plus longtemps, en moyenne, dans la population active. Seulement 14 % de ceux-ci ont moins de 35 ans par rapport à environ 30 % pour les mères monoparentales. La valeur nette s'améliore pour certains Entre 1984 et 1999, les familles monoparentales ont enregistré les plus fortes hausses en valeur nette (+96 %), suivies des personnes âgées seules (+69 %), des couples de personnes âgées (+47 %) et des couples sans enfants à la maison (+42 %). La valeur nette médiane des couples avec enfants à la maison est demeurée sensiblement la même. Le pourcentage de jeunes couples âgés de 25 à 34 ans avec des enfants de moins de 18 ans dont la valeur nette était nulle ou négative est passé de 9,5 % en 1984 à 16,1 % en 1999. Comme le souligne Statistique Canada, ces jeunes familles « pourraient être vulnérables aux chocs négatifs. En d'autres mots, elles n'ont pas accumulé des épargnes qui leur permettraient de faire face aux situations économiques difficiles. » Homme ou femme - Un impact surprenant sur la richesse Le sexe semble être un des plus importants déterminants de la valeur nette, mais avec une tournure inattendue à 55 ans. Tous groupes d'âge confondus, les couples mariés ou en union libre avec un homme comme principal soutien économique ont une valeur nette médiane plus élevée (183 400 $) que chez les 30 % des couples où la femme est le principal soutien économique (151 300 $). Et maintenant, la tournure inattendue : dans les familles de moins de 55 ans, la valeur nette est un peu plus élevée parmi celles où la femme est le principal soutien économique. Chez les couples plus âgés, la valeur nette est considérablement plus élevée quand l'homme est le principal soutien économique. L'avantage détenu par les femmes parmi les groupes plus jeunes reflète probablement la diminution de l'écart salarial entre les hommes et les femmes, le progrès majeur réalisé par les femmes par rapport aux hommes sur le plan de la scolarité, ainsi que la mobilité ascendante des femmes comme professionnelles et gestionnaires. Dans les ménages où le principal soutien économique est séparé, divorcé ou en veuvage, les hommes ont la valeur nette la plus élevée, tous groupes d'âges confondus. La plus petite différence se note parmi les ménages de 55 à 64 ans, et la plus grande parmi ceux de 65 ans et plus. L'impact de la langue et du pays de naissance La langue maternelle et le pays de naissance ont un impact important sur la valeur nette. Contrairement à ce qu'on pourrait s'attendre, les ménages dont la langue du principal soutien économique est « autre que l'anglais ou le français » ont la valeur nette médiane la plus élevée, soit 137 500 $. La valeur nette d'un ménage ayant l'anglais ou le français comme langue maternelle est plus faible de 16 % et 42 % respectivement. Les ménages où le principal soutien économique est né à l'étranger ont une valeur nette médiane de 134 000 $ ou 27 % de plus que ceux nés au Canada. Mais, l'avantage constaté chez les personnes nées à l'étranger ne s'applique qu'à celles de 45 ans et plus. La valeur nette des ménages des personnes de moins de 45 ans nées à l'étranger est plus faible que pour les membres des ménages nés au Canada — la preuve que les immigrants plus récemment arrivés au Canada ne s'en tirent pas aussi bien que ceux venus plus tôt. Selon une perspective à plus long terme, la valeur nette médiane des immigrants installés au Canada depuis moins de 10 ans s'est contractée d'un quart entre 1984 et 1999, tandis que celle des immigrants vivant au Canada depuis plus de 20 ans a bondi de plus de 40 %.
Plus un ménage est scolarisé... plus il est riche Un niveau de scolarité plus élevé se traduit par une plus grande richesse tant à court qu'à long terme :
Les travailleurs autonomes et les employés à long terme s'en tirent le mieux La valeur nette varie selon la forme de la participation à la population active.
Épargner assez pour la retraite Certains Canadiens pourront se retirer tôt et vivre confortablement. Beaucoup d'autres ne pourront pas maintenir leur train de vie actuel même s'ils attendent d'avoir 65 ans avant de prendre leur retraite. Statistique Canada a tenté de répondre à cette populaire question, à savoir « Qui n'a pas assez épargné pour prendre sa retraite? » en étudiant un couple moyen âgé de 45 à 64 ans, avec un revenu d'emploi moyen de 55 000 $ et possédant une maison moyenne. On présume que le principal soutien économique a 55 ans et que cette personne travaillerait jusqu'à sa retraite à 65 ans. Divers spécialistes estiment que les couples pourraient avoir besoin de 50 à 80 % du revenu préretraite pour conserver leur style de vie actuel, mais Statistique Canada présume qu'un couple moyen aura besoin des deux tiers (66 %) de son revenu, soit 36 685 $. Statistique Canada présume aussi que ce couple pourrait obtenir un maximum de 22 900 $ par année en combinant le Régime de pensions du Canada/Régime de rentes du Québec et/ou d'autres régimes publics comme la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti. Ce montant placerait les couples vivant dans un grand centre urbain juste au-dessus du seuil de faible revenu (pauvreté). (En fait, beaucoup de couples n'obtiendraient pas le maximum possible de tous ces programmes et, par conséquent, ce niveau de revenu de base n'est pas garanti.) Où ce couple obtiendrait-il les 13 785 $ manquants (36 685 $ moins 22 900 $) par année pour conserver son niveau de vie? En présumant qu'il n'a pas de revenu d'emploi après 65 ans, le couple ne pourrait obtenir cet argent supplémentaire qu'à partir de ses « avoirs de retraite » accumulés. On a présumé que les avoirs de retraite de ce couple comprenaient la moitié de la valeur nette de leur maison, tout avoir de retraite privé ou les avoirs d'affaires accumulés. En se servant d'une formule compliquée, Statistique Canada a estimé que ce couple pourrait générer ce 13 785 $ s'il avait environ 120 000 $ en avoirs de retraite à 65 ans. Bien entendu, ce montant pourrait varier beaucoup selon les taux d'intérêt et d'autres variables pendant la période de retraite. Statique Canada a aussi calculé quels Canadiens âgés de 45 à 64 ans pourraient ne pas avoir assez d'épargne à 65 ans, ce qui signifie être incapable de remplacer au moins les deux tiers des revenus d'emploi préretraites ou de vivre avec un revenu en deçà du seuil de faible revenu (pauvreté). Les personnes qui pourraient ne pas avoir assez épargné comprennent :
Comme individus, les Canadiens doivent mieux comprendre ce qu'il faut pour acquérir la richesse. Comme citoyens du Canada, nous devons aussi travailler ensemble afin de permettre à chaque ménage d'avoir la possibilité d'amasser une valeur nette suffisante pendant ses années d'accumulation pour vivre à l'aise et en sécurité à la retraite. À l'heure actuelle, un trop grand nombre de Canadiens font face à un avenir incertain - en partie parce qu'ils éprouvent de la difficulté à joindre les deux bouts pendant leurs années d'accumulation et qu'il leur est pratiquement impossible d'épargner pour la retraite. Les dettes — Comment s'en sortir
Ne sois ni emprunteur, ni prêteur; Le conseil de Polonius à son fils est-il le résultat de la sagesse inhérente à l'âge ou tout simplement les élucubrations d'un vieil imbécile? À quels niveaux se situaient les taux d'intérêt à cette époque? Ils étaient probablement élevés. Pouvait-on être assuré que les emprunteurs rembourseraient leurs dettes? (C'était difficile à garantir). Quelle que fut la situation à l'époque de Shakespeare, il est évident qu'aujourd'hui, emprunter auprès de banques et de sociétés émettrices de cartes de crédit est devenu une grosse affaire. Des millions de consommateurs utilisent la dette comme partie intégrante de leur stratégie globale de gestion financière. Au même moment, la plupart des Canadiens sont des prêteurs parce qu'ils ont investi une partie de leur argent dans des comptes d'épargne, des RÉER, des comptes de courtage, etc. De toute évidence, nous avons fait fi du conseil de Polonius. Les conseils donnés aujourd'hui sont beaucoup plus complexes et ne sont pas aussi péremptoires que dans le texte de Shakespeare. Dans ces pages, j'énonce les principes de base que les familles et les particuliers peuvent adopter pour améliorer leur situation financière ainsi que les dispositions que pourraient prendre les gouvernements pour aider les Canadiens à atteindre leurs objectifs. Le rôle positif de la dette La plupart des familles sont susceptibles d'emprunter, même si elles disposent d'actifs financiers. Mais pourquoi les familles devraient-elles emprunter? La capacité d'emprunter est un atout important que tout consommateur devrait s'efforcer d'avoir et de préserver. Pour l'essentiel, cette capacité lui donne le pouvoir d'acheter des biens et services ou de faire des investissements à sa guise. Ce choix du moment opportun peut s'avérer important quand vient le temps de profiter d'une aubaine, de répondre à un besoin ou changer de style de vie ou de carrière. Tout le monde ne possède pas le pouvoir d'emprunter. Un revenu faible, une mauvaise cote de crédit, le fait d'être sans emploi ou d'autres problèmes empêchant de rembourser un prêt et les intérêts peuvent limiter la capacité d'emprunt d'un consommateur. Pour pouvoir emprunter, il faut établir des antécédents en matière de crédit en empruntant et en remboursant dans les délais requis et, avoir un endettement compatible avec son revenu. Si une famille applique cette approche, sa ligne de crédit ou sa capacité d'emprunter va certainement croître même si son revenu demeure inchangé. Il est donc conseillé d'être un emprunteur prudent — c'est-à-dire emprunter et rembourser rapidement pour maintenir sa capacité d'emprunter plus tard. Quelles sont les formes d'emprunts contractées par les familles? Contracter un prêt hypothécaire ou pas Une des décisions majeures en matière d'emprunt prises dans chaque ménage est de savoir s'il faut ou non contracter un prêt hypothécaire pour acquérir une maison ou demeurer locataires. Les coûts reliés au paiement d'une hypothèque et à l'entretien d'une maison remplacent ceux de payer un loyer à quelqu'un d'autre. Mais, est-ce une bonne idée d'accéder à la propriété? Environ 67 % des ménages canadiens semblent penser que oui et près de la moitié d'entre eux (soit quelque 33 % de l'ensemble des ménages) possède une propriété grevée d'une hypothèque. Plus le revenu est élevé, plus on compte de propriétaires de maison, ce qui est peu surprenant. Mais il est davantage étonnant de constater que le pourcentage de propriétés grevées d'une hypothèque croît aussi avec le revenu. La solution de rechange à l'hypothèque serait une société où la plupart des gens demeureraient des locataires jusqu'au moment de pouvoir acheter une maison franche et quitte. En conséquence, peu de personnes pourraient accéder à la propriété et un grand nombre de familles ne seraient pas en mesure d'acquérir une maison avant que leurs enfants soient plus âgés. Qu'est-ce qui serait préférable d'un point de vue sociétal — avoir plus de propriétaires ou plus de locataires? D'une part, on pense que les propriétaires sont plus « stables », plus engagés dans la collectivité et prennent davantage soin de leur propriété — autant de qualités qui contribuent à la cohésion sociale et au développement communautaire. D'autre part, devenir propriétaire peut être une barrière à la mobilité et décourager les gens de postuler de meilleurs emplois qui nécessitent un changement de résidence. Les marchés très développés de maisons existantes (par ex. agents immobiliers, annonces classées) atténuent le problème étant donné qu'il est relativement facile de vendre une maison dans un endroit et d'en acheter une autre ailleurs. Cependant, déménager de sa propre maison peut sembler une décision plus difficile à prendre que celle de quitter une unité locative. Il peut aussi être dur de quitter sa « propre » grande maison pour s'adapter à une unité locative plus petite après le départ des enfants et beaucoup de gens hésitent, à juste titre, à faire le saut. Autres biens de consommation durables Les consommateurs achètent fréquemment des voitures, des appareils électroménagers, des meubles et autres biens de consommation durables à crédit, parfois à un taux d'intérêt artificiellement bas ou encore à un taux d'intérêt très élevé mais caché dans le contrat de vente. Les prêts pour un achat d'automobile constituent une activité importante. Les sociétés prêteuses spécialisées appartiennent aux constructeurs d'automobiles et les banques collaborent avec les concessionnaires d'automobiles. Emprunter pour lancer une entreprise ou effectuer un investissement Les personnes qui se lancent en affaires ou essaient de maintenir une entreprise existante se servent souvent de leur capacité d'emprunt ou de celle de leur parenté ou amis. Le principal avantage de ce type d'emprunt est que les intérêts payés sont déductibles des revenus, surtout si l'entreprise génère un revenu ou si on s'attend à ce qu'elle en génère. En outre, si l'entreprise fait faillite (comme c'est le cas de beaucoup), le capital peut être déduit du revenu comme perte commerciale. Mais le risque d'un tel prêt peut être élevé. Les prêts personnels doivent toujours être remboursés, ce qui laisse l'emprunteur dans une position difficile pour le remboursement de sa dette sans avoir rien de concret à montrer pour son investissement. Emprunter pour investir en bourse est tout aussi risqué parce que les pertes vous laissent très vulnérables. Dette de carte de crédit On compte plus de cartes de crédit que de personnes au Canada, soit 44 millions de cartes pour une population de 30 millions d'habitants. En clair, beaucoup de Canadiens possèdent plusieurs cartes de crédit. Certaines sont utilisées simplement par commodité. Les soldes sont payés à la fin de chaque mois pour les achats effectués pendant ce mois, si bien que le consommateur paie peu ou pas d'intérêt. Mais un grand nombre de consommateurs se retrouvent avec un solde et doivent payer des frais d'intérêts. Ces frais peuvent être relativement élevés par rapport aux taux d'intérêt hypothécaires et autres taux d'intérêts applicables aux prêts conventionnels. Environ 44 % des cartes de crédit (ou 20 millions de comptes) ont un solde susceptible de porter intérêt. Le solde moyen était près de 2 000 $ en octobre 2001 comparativement à 950 $ en 1991. Devrait-on s'inquiéter des dettes contractées à même les cartes de crédit? Dans un contexte de taux d'intérêt relativement élevés, de stagnation dans les revenus et d'incertitude croissante au niveau de la sécurité d'emploi, les consommateurs feraient mieux de réduire les soldes sur leurs cartes de crédit le plus rapidement possible. Pour beaucoup de familles, cela pourrait signifier reporter d'importants achats discrétionnaires en attendant de réduire ces soldes. Les cotes de crédit sont très vite affectées lorsqu'il y a défaut de paiement sur les cartes de crédits, entachant cette importante « capacité d'emprunter ». Y a-t-il des questions de politique publique concernant les dettes de cartes de crédit? La plupart des sociétés émettrices de ces cartes insistent auprès des marchands pour que les clients qui payent comptant ne profitent pas de prix moins élevés que les personnes qui achètent avec une carte. Ainsi, tous les consommateurs paient indirectement pour les frais perçus auprès des marchands par ces sociétés. Les pièges de la dette Il y a vraiment danger si, à chaque mois, le solde dû augmente par rapport au mois précédent, malgré les efforts déployés pour réduire ses achats et rembourser la dette. Si votre dette augmente par rapport au revenu, on se retrouve dans une situation potentiellement instable et le problème peut être exacerbé si un soutien de famille perd son emploi. Symptômes
Résultats Si vous ne pouvez pas réduire votre endettement, plusieurs situations peuvent survenir. Si vous avez mis une garantie sur votre dette, alors le créancier peut saisir le bien affecté en garantie et vous demeurez responsable de toute dette résiduelle après la vente du bien en question par le prêteur. Le défaut de paiement de votre dette, et les actions subséquentes entreprises contre vous, seront inscrits à votre cote de crédit et les autres créanciers connaîtront bientôt votre situation. Ils prendront immédiatement des dispositions pour garantir leurs prêts ou demander un remboursement immédiat. Il sera aussi très difficile de faire d'autres emprunts. Si les créanciers non garantis estiment qu'il serait plus profitable pour eux de demander un remboursement immédiat, ils peuvent vous placer devant une situation qui vous forcera à vous départir de tous vos biens et même à entamer une procédure de faillite. La faillite personnelle est une situation relativement rare chez les Canadiens. Environ 80 000 ménages, soit sept ménages sur mille, se déclarent en faillite chaque année. Mais beaucoup d'autres perdent leurs biens pour rembourser leurs dettes, tandis que d'aucuns voient leur salaire saisi, ce qui diminue leur revenu disponible tant qu'ils n'auront pas remboursé leurs créanciers. Par ricochet, un grand nombre de consommateurs perdent leur capacité d'emprunt pendant de nombreuses années. Bilan du ménage Le bilan et le budget du ménage (ou état du revenu) sont les cadres structurels fondamentaux d'une bonne gestion financière. Pour l'essentiel, le bilan représente l'ensemble de vos actifs et de vos dettes, la différence étant votre valeur nette. Ce bilan est fait à un moment précis — par exemple à la fin de l'année — et constitue la somme de vos décisions précédentes concernant l'acquisition de biens ou l'endettement. Le budget, ou l'état du revenu, décrit le revenu que l'on reçoit et les dépenses effectuées. La différence, ou le reliquat, constitue une épargne et est considérée comme le montant restant sur une certaine période de temps. Par exemple, si une personne dispose d'un revenu après impôt de 30 000 $ par an et doit assumer des dépenses courantes de 28 000 $ par an, elle aurait une épargne de 2 000 $ par an. Le lien entre ces deux états financiers s'établit par l'utilisation de l'épargne. Si la famille ne fait rien avec ce montant excédentaire, son solde en caisse (un actif) et, par ricochet, sa valeur nette vont afficher une augmentation. Si la famille acquiert des biens matériels en plus de ses dépenses courantes, alors le bilan va refléter un solde moindre et plus de biens matériels sans changement à la valeur nette. De la même manière, si une famille diminue ses dettes, il y aura moins d'argent et moins de dettes à la fin de l'année, sans changement à la valeur nette. L'équivalence des actifs réduction L'essentiel une souci les chute la actifs croissants (financiers et non financiers) ainsi que de la réduction de l'endettement est parfois négligée. L'essentiel est que la famille accroît sa valeur nette en épargnant une partie de son revenu. Tant que cette situation dure, il y peu de souci à se faire concernant un endettement trop lourd. Cependant, les finances de la famille sont perturbées lorsque sa valeur nette chute parce que ses frais normaux (y compris le remboursement de la dette par le paiement des intérêts) dépassent son revenu. Mesures judicieuses à prendre par la famille
Pauvreté Les personnes défavorisées n'ont souvent aucune dette parce qu'elles ne peuvent pas en contracter! Les créanciers évitent, autant que possible, de prêter de l'argent aux personnes qui n'ont pas suffisamment d'épargne pour rembourser leurs dettes. Le « pauvre transitoire » peut avoir de graves problèmes; un revers de fortune peut lui faire perdre ses biens et le faire même basculer dans une pauvreté permanente. Dans ce groupe, il y a beaucoup de gens qui ont perdu leur emploi ou fait face à une dépense importante et incontournable comme des frais médicaux non couverts par les régimes publics ou privés d'assurance-maladie. Le défi de se sortir de la pauvreté exige de trouver les moyens d'améliorer ses revenus, de rembourser ses dettes et de s'abstenir de tout endettement assez longtemps pour établir une bonne capacité d'emprunt. L'exercice peut s'avérer très difficile, surtout à un moment où les politiques gouvernementales rendent les emplois plus rares. Le rôle du gouvernement Cela nous amène au rôle que joue le « partenaire » de chaque famille — à savoir les gouvernements fédéral, provinciaux et locaux — qui influe sur nos revenus, nos dépenses, les taux d'intérêt que nous payons et les règles qui nous régissent. Les gouvernements peuvent aider les familles par le biais de paiements de transfert comme l'assurance-emploi et l'aide sociale. Ils peuvent contribuer à réglementer les établissements financiers pour empêcher des taux d'intérêts extrêmement élevés sur les prêts à la consommation. Ils peuvent aussi diminuer les impôts afin de laisser plus de marge de manoeuvre aux familles pour se constituer un petit coussin. D'autres actions peuvent contribuer à créer de l'emploi — la principale source de revenu de la plupart des familles. Mais au lieu d'aider les familles, les gouvernements prennent parfois des décisions qui nuisent aux budgets familiaux par la hausse des impôts, les compressions dans les paiements de transfert, les coûts élevés des prêts dus à la hausse des taux d'intérêt. Ils appliquent aussi des mesures qui entraînent des pertes d'emploi dans certaines régions ou certains secteurs de l'économie. Naturellement, la macroéconomie — qui recouvre des concepts de taux d'inflation global, de chômage ou de croissance du PIB — et ses outils de politique fiscale et monétaire, semble assez éloignée de la famille et de ses préoccupations relatives aux soldes des cartes de crédit, à son propre budget et à son bilan. Mais, l'application de politiques macroéconomiques influe invariablement sur les consommateurs (et les entreprises) et entraîne souvent des rajustements majeurs dans les budgets familiaux. Les gouvernements devraient donc être tenus en partie responsables des conséquences microéconomiques de leurs politiques macroéconomiques. On peut établir une corrélation directe entre les taux de faillite et les taux de chômage, les taux d'intérêt réels et la performance économique globale. Si les gouvernements veulent atténuer leurs préjudices envers les familles, le meilleur conseil à leur donner est évident :
Perspectives d'avenir Nous avons réussi à nous en sortir dans le passé, mais l'avenir semble souvent plus désespéré. Pour l'instant, la principale question est de savoir si un krach induit par l'endettement est imminent. Le ratio de la dette à la consommation par rapport au revenu disponible est à un niveau record. Les taux d'intérêts appliqués par les cartes de crédit sont très élevés. Les taux de faillite personnelle sont à des niveaux historiquement élevés, au-dessus de ceux des récessions de 1981-1982 et 1990-1992. Le système serait-il sur le point de s'effriter? Les ménages traversent une période difficile depuis 1981, aux prises avec un revenu disponible dont la valeur réelle a peu changé. L'épargne personnelle a diminué progressivement; on est passé d'un taux d'épargne de 10 % du revenu à moins de 5 % en 1997. La dette à la consommation, incluant les hypothèques, a augmenté par rapport au revenu disponible. Il y a eu quelques signes d'amélioration ces dernières années. Jusqu'à présent, en cette période de faiblesse économique, les consommateurs ont bien tenu le coup, aidés en cela par de faibles taux d'intérêt en 2001 et en 2002. Les récentes hausses pourraient cependant annoncer une période de stress additionnel. Les optimistes feront remarquer que la croissance du marché boursier et l'augmentation de la valeur des maisons ont contribué à améliorer la situation financière des ménages. On ne tient pas compte de ces changements dans l'évaluation globale du revenu disponible. Certains services gouvernementaux profitent aussi directement aux familles. Malheureusement, en raison des compressions dans les soins de santé et de l'accroissement des coûts privés de l'éducation, des charges additionnelles ont été ajoutées aux responsabilités familiales. À quoi devrait-on s'attendre au cours des vingt prochaines années? La situation des familles commence à s'améliorer pour la première fois depuis des années grâce à la hausse de la productivité, à des gouvernements moins cupides, à une inflation plus faible, à une meilleure performance économique et à des ratios d'emploi plus élevés. Tous ces facteurs devraient aider les consommateurs à mettre de l'ordre dans leurs affaires et améliorer la valeur nette des ménages. Le gouvernement fédéral devrait mener une politique de faible taux d'intérêt, soutenir la croissance de l'emploi et s'assurer que les salaires contribuent à l'amélioration de la productivité et à la maîtrise de l'inflation. Les gouvernements provinciaux devraient maintenir l'infrastructure publique en bon état et éviter de refiler aux consommateurs les coûts relatifs à la santé et à l'éducation. Autrement, le revenu discrétionnaire sera encore plus serré, ce qui entraînera une baisse de l'épargne et une hausse de l'endettement. De combien d'argent les familles ont-elles besoin De combien d'argent les familles ont-elles besoin pour créer un environnement permettant à leurs enfants de grandir en santé et devenir des adultes productifs? Le Conseil canadien de développement social répond à cette question cruciale et à d'autres dans Le bien-être de l'enfant et le revenu familial : un nouveau regard au débat sur la pauvreté (1999). L'étude, qui porte uniquement sur les familles biparentales, démontre sans équivoque que grandir dans une famille à faible revenu signifie bien trop souvent que les enfants ratent de bonnes opportunités. L'étude du CCDS menée par David P. Ross et Paul Roberts révèle que le niveau de revenu est lié à un nombre effarant de facteurs relatifs à l'environnement familial des enfants (par exemple, à quel point la famille fonctionne bien et la fréquence à laquelle les enfants doivent changer d'école), leur environnement communautaire (la sécurité dans le quartier), leur comportement (combien ont des problèmes émotionnels), leur santé (tendance à avoir des problèmes de santé de base) ainsi que leur capacité d'apprentissage et leur niveau de participation aux activités récréatives. Voici quelques points saillants de cette étude. (Pour obtenir le texte intégral du rapport, visitez www.ccsd.ca.) « Pour la première fois au Canada, il y a des preuves inéquivoques et abondantes qu'un large éventail des conditions de vie et des résultats dans le développement de l'enfant sont affectés par le niveau de revenu familial. À l'aide de données de deux nouvelles enquêtes longitudinales — l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes et l'Enquête nationale sur la santé de la population — ce rapport examine les liens entre le niveau de revenu et 27 variables qui mesurent les résultats chez l'enfant et leurs conditions de vie dans les familles et les quartiers où ils habitent. Dans chaque cas, on constate que les enfants vivant dans des familles à plus faible revenu ont un plus grand risque d'avoir des résultats négatifs et de piètres conditions de vie que ceux dans les familles à revenu plus élevé. « Le développement des enfants est complexe et plusieurs facteurs de leur environnement — y compris leur famille, leur logement et leur communauté — influencent le processus. Les enfants ont au départ leur propre bagage génétique, mais en cours de route les influences de leur environnement ajoutent ou enlèvent à leur capacité d'optimiser leur potentiel. « Pendant notre recherche, nous avons constaté que dans 80 % des facteurs examinés, les résultats dans le développement des enfants s'amélioraient nettement à mesure que le revenu familial augmentait près des 30 000 $. Dans 50 % des facteurs examinés, cette tendance continuait régulièrement à mesure que le revenu augmentait à 40 000 $. Passé ce niveau de revenu, il y avait encore quelques améliorations dans les résultats de l'enfant pour tous les facteurs examinés, mais le taux de changement n'était pas aussi marqué que celui constaté dans les tranches inférieures de revenu. » Parmi les conclusions particulières, on note que :
« Chaque année, Statistique Canada publie des chiffres sur le nombre de gens vivant sous ses propres seuils de faible revenu (SFR). Les enfants qui vivent dans une famille avec un revenu inférieur au SFR ont une moins bonne santé, plus de troubles du comportement, des résultats d'apprentissage plus mauvais et sont élevés dans des conditions familiales et de quartier considérablement plus néfastes que les enfants de familles dans des tranches de revenus supérieurs. « Au Canada, on utilise surtout les seuils de pauvreté pour faire un estimé du nombre de pauvres, mais on s'en sert rarement comme objectif dans le cadre des politiques de répartition. Notamment, les taux d'assistance sociale dans toutes les provinces sont nettement inférieurs aux seuils de faible revenu. Nous croyons qu'un seuil de pauvreté ne devrait pas servir uniquement à évaluer le nombre de gens pauvres, mais aussi être considéré comme une limite à laquelle la société ne tolérera pas l'inégalité des revenus. « Pour améliorer la probabilité de faire se développer dans leur plein potentiel tous les enfants au Canada, nos résultats de recherche indiquent qu'il faudrait établir un plancher d'inégalité du revenu dans une fourchette de 30 000 $ à 40 000 $ pour une famille de quatre. Nous devrions aussi prendre en considération les moyens d'améliorer l'accès aux services publics et privés qui sont nécessaires à l'épanouissement sain de l'enfant, mais qui ne sont pas actuellement à la portée des familles à faible revenu. La solution adéquate pourrait comporter une combinaison d'augmentation du revenu et d'amélioration des services publics. « Il faudrait faire une priorité publique de premier plan et une entreprise collective de mieux égaliser les chances de réussite pour les enfants au Canada. Une telle entreprise collective aurait comme résultat une société dans laquelle les coûts sociaux, économiques et de justice pénale seraient minimisés, tandis que notre productivité, revenus fiscaux, cohésion sociale et responsabilité civique seraient en contrepartie optimisés. »
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